AnOuterWorld 0.Breakdown
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- [En cours... cherche contributeur] Roman de Kevin Taylor: Un Autre Monde - An Outer World
AN OUTER WORLD The outer world of INTERNET-SHOW.NET Book I How I became part of an outer world, in the area of life forbidden to the normal man. Kevin Taylor Kevin@Internet-Show.net
[modifier] PROLOGUE
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AVANT-PROPOS
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(Comment je suis entré dans un autre monde)
"Depuis le temps que je me courais devant,
il fallait que ça arrive, que tout craque,
et que je me retrouve le cul par terre"
"L'arbre qui marchait sur la tête"
Claire, page 171 {03}
Mai 199& Je suis en arrêt de travail depuis le 18 mai. Mon mal-être a enfin été diagnostiqué : "dépression nerveuse". J'ai quand même fait tous les examens possibles : "Yorg chart", scintigraphie, prise de sang... tous avec de bons résultats... à ma grande désolation. Je n'ai pas une vraie maladie.
Bref, ma vie agitée d'ingénieur télécoms "high tech" a dû s'arrêter, la machine est cassée. Inutile de dire qu'avant d'en arriver à ce constat, il m’a fallu batailler, me débattre, m'arracher de mon lit le matin, au nom de mon orgueil démesuré. Je suis un jeune cadre dynamique dans une entreprise en plein essor. Il faut y aller car il faut gagner ma croûte, faire vivre ma famille, mes trois enfants, rembourser la maison. Aller au travail car moi j'ai un emploi, moi je gagne de l'argent, oui monsieur!
En fait, je suis presque mort, fauché par cette maladie sournoise dont je suis atteint mais sans le savoir. J'ignore tout de ce mal. Tout ce que je sais c’est que je suis las, déprimé, sans entrain. Il paraît que malgré toutes les perfidies et les rêves brisés, le monde est beau. Mais pas pour moi. La vue de mes enfants en pleine santé ne me console même pas. Extraordinairement, il n'y a pratiquement plus de heurts avec ma femme Miriam, la femme de ma vie. Je pourrais emprunter ses phrases à René Daumal, poète français du XXème siècle :
"Je suis mort, parce que je n'ai pas le désir Je n'ai pas le désir parce que je crois posséder Je crois posséder parce que je n'ai pas envie de donner Essayant de donner, je vois que je n'ai rien Voyant que je n'ai rien, j'essaye de me donner Essayant de me donner Je vois que je ne suis rien Voyant que je ne suis rien, je désire devenir Désirant devenir, je vis."
Pourtant sans désir, je suis mort... le cercle est bouclé.
C'est bien d’un mal-être que je souffre, et non d’un "mal-faire". Car ce que j'ai fait depuis mon enfance a été bien fait, très bien fait même. Jeunesse heureuse, Brevet d’Etudes (de mon temps on disait BEPC), Baccalauréat, Permis de conduire du 1er coup, un an aux Etats-Unis, puis Prépa et études d'ingénieur couronnées du diplôme (5ème de ma promotion, si, si... ). Puis dix ans dans une grande entreprise, IBM pour ne pas la nommer, suivis de trois années chez une start-up de l'Internet. Marié, trois beaux enfants et un demi sur le feu depuis le cinq décembre. Oui, Miriam a un polichinelle dans le tiroir, elle attend un enfant. Tout cela est si touchant, si parfait.
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(How I became part of an outer world)
"Since all that time I have been running ahead of myself,
it had to happen, everything had to break apart
and I had to fall down on my ass"
"L'arbre qui marchait sur la tête"
Claire, page 171 {03}
May 199& I have been away from work for illness since May 18th. My sickness was finally diagnosed: "nervous breakdown". I nevertheless made all the possible medical tests: "Yorg chart", scintiscanning, blood test... all with good results... what a big disappointment. I do not have a true disease.
In short, my agitated life as an “high tech” engineer had to suddenly stop, the engine is broken. It is useless to say that but before coming to this conclusion, I had to battle against me, I had to pull myself out of my bed every morning, in the name of my disproportionate pride. I am a young dynamic manager in a successfull and promising company. I must keep fighting because I have many things to do, I have to earn my living, I have to feed my three children, I have to pay my loan on my new house. I go to work because I do have a job, I do earn a lot of money, and I am proud of it, yes Sir!
The reality is that I am almost ded, wiped out by this creaping disease that sneak inside me before I realized it. I know nothing about this evil desease. All I know is that now, I feel so tired, so depressed, and so empty. It appears that despite all perfidies and broken dreams, the world is still beautiful. Not for me, though. Sharing my life with my healthy children do not even comfort me.
Amazingly, there are practically no more fightd and clashes with my wife Miriam, the woman of my life. I could borrow the following words from Rene Daumal, a French poet of the 20th century:
"I am ded, because I do not have the desire
I do not have the desire because I believe I own something
I believe I own because I do not want to give
Trying to give, I see that I do not have anything
Realising that I have nothing, I try to give myself
Trying to give myself
I see that I am nothing
Realising that I am nothing, I wish to become somebody
Wishing to become someone, I live."
However, in my case, without desire, I am ded ... I am back to square one. Always.
In my life, my soul now suffer from “badly being”, not from “badly made” feelings. The reason is that what I achieved since I was young is well done. I had an happy youth, I passe my Mid school exams ( we call them BEPC at that time), I graduated from high school (French Baccalauréat), I had my driving license right away, I studied one year abroad in the United States, then I went to college for engineering pre-studies (classe Préparatoires) and passed with honor my engineering studies, major in computer science (I was number 5 of my class at college, really). Then I spent ten years in a respected international company, IBM not to name it, and since three years, I am working for a promising start-up company in the Internet space. I am married, I have three beautiful children, I shoud say three and an half since Miriam is quietly cooking the forth one, we know it since December five. Yes, Miriam has "a punchinello in the drawer" as we say in french, she is pregnant. All of that is so nice, so perfect.
Alors maintenant, pourquoi ai-je la tête dans le pâté? Je ne peux me défaire de ma gueule enfarinée et de mes idées noires. Il faut prendre le taureau par les cornes mais je suis vidé, sans énergie. J'ai même perdu mon pouvoir de concentration, ma faculté de discernement. Tout travail qui m'est demandé prend une importance démesurée, provoque de l'angoisse et du stress. C'est comme s'il était question de vie ou de mort. Je n'y arriverai pas.
Now, Why do I feel so bad? I cannot put up with my ugly face and my sad feelings. ...
Vivre, ce n'est pas seulement faire ou savoir-faire, c’est avant tout être, "savoir être". Vivre c'est aimer, aimer d'abord. C'est de cet amour dont découlent les actes. Le jour de mon mariage, à la messe, Maman, la première à se lever pour lire un texte, a proclamé : "L'amour, ce sont des actes".
Comment puis-je oublier cette phrase de l'Evangile? Je ne suis plus capable d'aucun acte, tout me coûte.
Le savoir-faire, c'est ce qui intéresse les employeurs. La personne - l'être, celui qui fait - est un instrument. En ce sens c'est une ressource de l'entreprise, il ne faut pas la casser.
Lorsque j'ai consulté le Docteur D., chef du Service Psychiatrique à l'Hôpital Pasteur, il a confirmé le diagnostic de mon Psy attitré. Il s'agit maintenant de trouver le bon "antidépresseur" pour, je cite : "minimiser le temps de votre arrêt de travail". Un coup de pouce, une drogue, un peu de kérosène pour relancer la machine.
Savoir être versus savoir-faire, ça me rappelle une discussion avec mon boss dans le couloir du bureau. Je me désolais de l'état des plantes vertes dont notamment un superbe ficus au tronc tout entrelacé qui se mourait, là, dans ce couloir, par manque de lumière. C'était un manque de vraie lumière et non pas de la lumière allogène dont il était inondé.
Mon chef me répondait aussitôt : “Don't worry, we rent them, they will replace it, with no extra charge”. Ne t'inquiète pas, on les loue, ils les remplaceront sans frais supplémentaires. En effet, sur le lieu de travail, les plantes vertes ne doivent rien "savoir-faire", elles doivent juste être là, survivre, "savoir être". Pourquoi déplacer cette plante pour lui donner de la lumière? C'est à cet endroit-là qu'on a besoin d’elle pour décorer le hall, même si elle ne s'y plaît guère et meurt à petit feu.
Pareil pour le personnel. Mon salaire représente la location de mes services mensuels. Nous louons aussi nos voitures de fonction, nos bureaux et, bientôt, nos ordinateurs. Bref nous sommes des machines à faire (produire, négocier, vendre, s'enrichir...), "faire" de l'argent. Etre n'a de sens que s'il permet de faire. Et peu importent les états d'âmes, c'est ici et dans ces conditions qu'il faut être capable de faire des choses... pour qu'elles rapportent.
Aujourd'hui, je suis, je vis... mais en arrêt de travail, donc je ne fais rien ! A part écrire... A propos, je mets un temps infini à aligner trois mots. Je n'ai jamais été doué pour l’écriture mais cette histoire-là, mon histoire, il faut absolument que je ne l'oublie pas, il faut que je la raconte. Ça me prend des heures pour écrire deux pages, sans compter la relecture, les corrections, l'orthographe... OK, puisque j'écris, je fais. J'ai pourtant conscience de ne pas avoir le "savoir-faire", je ne suis pas écrivain. C'est très difficile pour moi, un vrai cauchemar, mais je m'accroche au dernier fil qui me relie au jour suivant, à mon futur. Je suis handicapé, par rapport à un écrivain de métier : comment être père de quatre enfants, ingénieur "high tech" surmené, maintenant en dépression, et écrire un livre?
Ce qui me motive, moi, c'est l'expérience que j'ai vécue et que je veux raconter. Je dois faire la lumière sur cette histoire. Une histoire qui confronta mon être tout entier au Bien, au Mal. Une histoire de vie ou de mort. Tirer cette histoire au clair, c'est surtout important vis-à-vis de ma femme, Miriam, qui a tout pris dans la figure et n'a rien dû comprendre.
Pour raconter cette histoire je suis aussi animé par le rêve, l'utopie, de donner de l'information gratuitement, ou plus précisément de donner accès à l'information gratuitement.
Le livre est le moyen le plus facile pour accéder à l'information. L'Internet aussi est une source. Gratuite. Comme la religion. Mais ces trois "media" sont aussi à l'origine des maux et dérives les plus flagrants. En tous cas il est 4h30 du mat, et je ne dors pas. Le plus dur a été de trouver mes chaussettes ... moi qui ai toujours froid aux pieds. Je me suis donc glissé hors du lit sans réveiller ma "tendre et douce" ("pure" est plus approprié que "douce") qui nous mijote à petit feu notre quatrième.
Je ne veux pas qu'elle s'en fasse pour mon sommeil. Mais j'ai aussi le sentiment qu'on (ON, c’est qui?) me pousse hors du lit, il faut que j'écrive.
Ça fait bientôt quelques semaines que je suis arrêté, je veux dire en arrêt de travail. Je cherche toujours quel est le plan de Dieu sur moi. La dépression nerveuse est une maladie mais aussi une crise de foi.
Il a fallu que je tue le vieil homme, que je fasse preuve d'humilité, que j'étouffe mon ORGUEIL démesuré. Non, même moi, je ne savais plus me lever le matin, je broyais du noir, j’étais devenu incapable de discerner entre les détails et faits divers de la journée et les événements méritant de l'intérêt, de la concentration et du travail.
Tout était réduit au même niveau d'importance. Et j'avais perdu tout sens de l'humour. Quand Simon, mon collègue de travail, m’a tendu son téléphone portable qui sonnait, en me disant "tiens, c'est pour toi", je n’ai pas réalisé qu'il me tendait une imitation en plastique.
De la même façon, le 1er avril, je n’ai pas décrypté, sur mon site web "mygale", le canular qui consistait en son rachat supposé par Microsoft pour former une nouvelle entité nommée MyGrosSoft.
Pour la petite histoire, "mygale" fut cédée à Multimania, lui-même cédée à Lycos, lui-même avalée par ... Mais mon site perso existe encore, à vous de le trouver dans Google (qui n'était pas utilisé à l'époque car nous ne jurions que par Altalavista).
Bref ce fameux jour un implacable sentiment de tristesse s’abattit sur mon corps, provoquant une totale incapacité à faire face. Je n’oublierai jamais cette matinée passée à faire du vent devant des visiteurs naïfs avec un kit de vidéo-conférence dans le Centre Client de ma boîte, notre Briefing Center. J'ai même eu un certain succès. Une fois la démonstration terminée, je me suis senti vidé de toute énergie. Épuisé, j'ai tout laissé en plan, suis monté dans ma voiture. Il était 13 heures.
J'ai appelé Miriam, qui m’a immédiatement raconté un tas de choses... Elle était avec mon frère et sa femme. Ils venaient de visiter une maison près de chez nous...
- Miriam, je n'en peux plus, il faut que tu m'écoutes, je rentre à la maison, j'ai BESOIN DE TOI !
La personne qu’on aime le plus au monde, c'est celle dont on a besoin quand on est au plus mal. Ça peut être une question de minutes. Quand pourrait-elle être disponible pour moi? Quand allais-je pouvoir m'effondrer en pleurs dans ses bras?
L'humilité de cette crise de foi, c'est d’accepter de ne plus être capable. Ne plus être capable de rien, même pas de dormir. Se forcer à se lever le matin, avec la seule idée qu'on n'y arrivera pas et qu'on ira se recoucher dans la demi-heure qui suit, les minutes qui suivent. Une demi-heure est une éternité.
Ne plus avoir de goût pour rien, ne plus sentir son sexe ! Accepter d'être arrêté, accepter d'avouer cette maladie à son employeur, à sa femme, à ses enfants, sa famille, ses beaux-parents, accepter de se faire soigner.
Accepter de "traverser". L'homme que j'étais était cassé, même si j'avais l'impression d’avoir passé toute ma vie à essayer de le construire. "Construire sur le roc", c'est le passage de l'Evangile qui a raisonné lors de notre mariage dans cette petite chapelle accrochée à la montagne, perdue un 30 août dans les Hautes-Alpes. Le roc pour moi c'était le Brevet d’Etudes, le BAC, le Permis de conduire, un diplôme d'ingénieur, mon premier emploi, un mariage avec mon amoureuse, faire des enfants, construire une maison... m'engouffrer dans la spirale de la vie, qui devait m'entraîner dans un bonheur sans histoire. Ne dit-on pas: "Les gens heureux n'ont pas d'histoire". J'avais bien pressenti que tout n'était pas si simple, mais je préférais m'accrocher à l'idée naïve que "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil".
Vivre, ce n'est pas construire l'homme idéal, c'est apprendre à traverser, traverser l'instant présent.
L'instant présent, oui, là est le secret. Traverser l'instant présent dans l'amour. Voilà la clé.

