EbenMoglen How I Met Richard Stallman
Un article de Framalang Wiki.
La vidéo en question se trouve sur [youtube] (gênant, flash) ou sur [Linux.com] sous une forme plus commode et dans un format de fichier libre. La transcription suivante est un premier jet que j'ai effectué; je me permets de le placer ici même; mon anglais est approximatif mais le peu que j'ai compris de l'interview m'a paru suffisamment intéressant pour mériter un transcription et/ou une traduction. Ce n'est pas trés agréable à lire étant donné le caractère lacunaire du texte, j'espère pouvoir combler les trous! Ziouplaboum: Merci Ripat!
| Pseudo | Code | Rôle | Statut |
|---|---|---|---|
| Ripat | Transcription | Terminée | |
| Ripat | Traduction | Terminée | |
| Ziouplaboum | Transcription | Terminée | |
| Ziouplaboum | Traduction | Terminée | |
| Olivier | OLV | Relecture | Terminée |
| Olivier | OLV | Validation | Terminée |
Article en ligne à l'adresse : http://www.framablog.org/index.php/post/2008/05/15/comment-eben-moglen-a-rencontre-richard-stallman
Sommaire |
Paragraphe 1
Paragraphe 2
La manière dont nous travaillions était basée, après tout, sur le partage du code avec les personnes (clients) qui utilisaient les ordinateurs sur le terrain. Ils nous aidaient à concevoir, mettre en œuvre, améliorer et modifier les choses (code). Ils avaient les sources et quand ils émettaient un APAR [NdT : Authorized Program Analysis Report, dans la nomenclature d'IBM ce terme désigne un problème officiellement reconnu et diagnostiqué par le centre de support IBM], ils envoyaient un patch.
Paragraphe 3
Ainsi, dans un sens, nous vivions dans un environnement où le logiciel était encore libre. Bien sur, nous avions des principes de propriété mais, en 1979, quand la commission "CONTU" terminait sa réflexion sur le logiciel libre, ces principes de propriété n'étaient pas encore bien compris et dépendaient à la fois de tout le monde et de personne.
Paragraphe 4
Paragraphe 5
Ainsi, d'une certaine manière, le monde dans lequel nous vivions présupposait une liberté à bricoler (le code). J'ai principalement travaillé sur des langages interprétés où les codes source et objet sont confondus. Il fallait partager le code. J'ai travaillé sur des produits distribués sur des environnements 370 [NdTb : IBM mainframe] où le client s'attendait à recevoir le code source et s'il avait le code source de VM [NdT : OS] et que quelqu'un lui fournissait du MVS [NdT : OS] dans un langage appelé PLS pour lequel il n'avait pas de compilateur, il se plaignait ; parce qu'il s'attendait à pouvoir compiler le produit sur le site. Il s'agissait tout de même d'un super-ordinateur de plusieurs millions de dollars, qui aurait osé lui dire qu'il n'avait pas le droit de compiler le logiciel sur sa machine ?
Paragraphe 6
D'une certaine façon, je dirais que j'ai toujours vécu dans le logiciel Libre. Ce "toujours" a néanmoins connu une pause.
Paragraphe 7
Alors que je travaillais chez IBM en 1979, on m'a demandé de tester et de faire un rapport interne sur un machin nommé VALISO ; le dernier gadget de Apple pour faire entrer la technologie de Xerox PARC [NdT: Palo Alto Research Center] dans le monde de Steve Jobs. Le VALISO était une sorte d'ordinateur Pre-Macintosh ; j'ai donc écrit mon rapport interne sur cette machine et le contenu de ce rapport était le suivant : C'est une catastrophe. Cette machine incarne la fin du langage en relation avec l'ordinateur, c'est l'interface de l'homme des cavernes : tu vises et tu grognes. Si on résume l'interaction homme machine à viser et grogner, on écarte le rôle du langage dans l'évolution de l'esprit humain et de sa conscience. Le langage est ce qui nous rend plus intelligent, si nous n'utilisons pas le langage pour communiquer avec les machines alors ni nos cerveaux ni ceux des machines ne s'épanouiront comme ils devraient le faire. Cet argument eu peu de poids chez IBM et il en eu encore moins dans le monde en général au fil du temps.
Paragraphe 8
And I got less enthusiastic about working on programming in that world because I was a programming language guy and languages weren't what was happening. So I went and I got a law degree and a history PHD and I became a legal historian and I did other work. I went to clerk for Weinfeld in New York, I clerked for Thurgood Marshall. I began asking myself how does one make justice in the world?
Je devins moins entousiaste devant la perspective de programmer dans ce monde car j'étais mordu de langage de programmation et le langage n'était plus ce qui était en vogue. Je suis donc parti et j'ai obtenu une licence de droit et un Doctorat en histoire et je suis devenu Historien du droit et j'ai fait d'autres travaux. J'ai débuté avec un emploi en tant qu'assistant Juge [NdT: Law Clerk] pour Weinfeld à NY, j'ai été assistant de Thurgood Marshal, puis j'ai commencé à me demander de quelle manière on pouvait rendre le monde plus juste !
Note:
- un Law clerk est une des fonctions les plus prestigieuse pour un juriste. C'est l'équivalent d'un assistant d'un juge et, à ce titre, un Law Clerk a beaucoup d'influence sur les jugements
- Thurgood Marshal, premier Juge noir de la court suprême des Etats-Unis.
Paragraphe 9
I got a job teaching in a fine university as a legal historian, and I wrote a doctoral dissertation and did history writing, and I thought about the long term meaning of information in human society. And I wanted to do programming because I am a compulsive programmer, and because I had a PC at my disposal which wasn't the eleven million dollar mainframe I used to have, and it wasn't a great computer but it was good enough for some things. I didn't like DOS very much but I never used Windows: that was the thing it wasn't good to do with computers. I wasn't gonna be shocked into using something that was the very thing I didn't want made worse. I knew what X windows was. Who would want to use this? The brain... right? So I fooled around with Coherent when the Mark Williams company created a $99 crippled UNIX. And I tried it, and I started using it with the GNU tools - but then I used the GNU tools in DOS. I used DJGPP, then Delorie's C compiler for porting UNIX to DOS, to run Emacs in my DOS machine, because like Mr Stallman I believed in Emacs deeply.
Paragraphe 10
Donc quelque part le logiciel libre a toujours été présent mais l'essentiel de ma vie était non technologique. En 1991 je décidais que je savais ce qu'il fallait faire pour commencer à travailler pour la liberté au 21 siècle: La cryptographie à clé publique était la première chose à implémenter. Nous en avions besoin pour deux raisons: garder les secrets à l'abri du gouvernement et faire du commerce électronique. Donc j'ai commencé à m'intéresser à la question, à chercher un moyen de faire de la cryptographie pour casser les règles du gouvernement sur le chiffrement de données. En Juillet 1991 j'ai vu un programme appellé Pretty Good Privacy (PGP) publié sur un forum. J'ai récupéré l'archive zip, j'ai lu le manuel de l'utilisateur et j'ai lu le code source car celui-ci était fourni, puis j'ai écrit un email non sollicité à l'auteur Phil ZIMMERMAN qui n'avait jamais entendu parler de moi et je lui ai dit: "Bravo, tu vas changer le monde. Tu vas aussi ne pas tarder à être dans un m**de sombre, lorsque ça te sera tombé dessus je pourrais t'aider. Voici qui je suis, voila ce que j'ai fait et voici ce que je sais, quand tu auras des soucis appelle moi." Dix jours plus tard le FBI frappait à sa porte et les ennuis commencèrent.
Paragraphe 11
Paragraphe 12
J'ai réalisé qu'il était la source même d'informations sur ce que je devais faire. J'avais fait ce qu'il me semblait important de faire au sujet de la cryptographie et je voyais que le problème était sur le point d'être réglé, mais je ne savais pas quoi faire ensuite pour apporter la Liberté technologique au 21ème siècle. C'était en automne 1993 et j'ai réalisé que toute personne qui avait un souci concernant la Liberté Technologique ne connaissait qu'une seule adresse mèl: rms at gnu.org. Si rms me transférait tout ses messages nécessitant l'intervention d'un juriste, je serais assez rapidement mis au courant de ce qu'il y avait à faire en ce bas monde. Rms avait la meilleure prospective stratégique qui soit.
Paragraphe 13
So I sat on his shoulder for a couple of years doing whatever the work was that he thought was important and learning about everything in the world was the people were writing him about. And eventually I said you need a general counsel and he said sure and I started doing the work. Now it was still just work I was doing in my spare time, I was still a legal historian, nobody in the academy had the vaguest idea what the hell this was and everyone knows that I would tell free software to take over the world and they would say, yeah yeah right right, thanks very much bye! And that would be that. But I knew where we were going and more importantly I understood that Stallman was indeed the tallest possible mountain and by standing on his shoulders you could see forever.
Paragraphe 14
And Newton and everybody before Newton all the way back to Bernard of Chartres was right. We are midgets standing on the shoulders of giants and that's what I was: Stallman was a giant, and I stood on his shoulders and I saw the terrain. So in that sense you could say 1993, or you could say 1995. What you could say after that was that I did more as there was more to do. But I couldn't make my self nine orders of magnitude bigger, right? The cosmos inflated very suddenly and people noticed that it was there.
Newton et ces consorts jusqu'à Bernard de Chartres avaient raison. Nous sommes des nains juchés sur les épaules des géants et c'est ce qui s'est passé : Stallman était un géant et je me suis juché sur ses épaules et j'ai vu le monde. Donc d'une certaine manière on pourrait dire 1993, ou 1995, ce qu'on peut dire en tout cas c'est que j'en ai fait de plus en plus plus car il y avait de plus en plus de travail. Mais je ne pouvais pas me multiplier par 9 ! Et puis d'un coup l'espace temps à gonflé et on s'est tous rendu compte que c'était arrivé.
Paragraphe 15
And so in an odd way the answer is that I was there before the big bang, and time didn't exist. Because most people measure this stuff from some moment later on when it began to happen whatever "it" was. And my view is it's just the unrolling of a thing that came from very far long ago, it's a reversal of a local eddy in the current of time. Microsoft made it appear that software was a product for a little while. But knowledge is rarely a product. And the technological information about the terms on which we and the digital brains exists - that's not a product, that's a culture, that's the record of the positive human beings and the other in conversation. It's like literature: it can't be a product.
En gros, la réponse est que j'étais là avant le BIG BANG et le temps n'existait pas encore. Beaucoup de personnes ont commencé à s'y référer seulement après que tout cela ait vraiment commencé. Mon point de vue est que tout cela entre dans la continuité de quelque chose qui a commencé il y a bien longtemps, c'est le renversement d'une singularité dans le déroulement du temps. Microsoft a, un temps, réussi à faire croire que le logiciel pouvait être un produit. Maintenant ce n'est que rarement un produit. L'information technologique précisant la façon dont nous et nos cerveaux numériques existent, ce n'est pas un produit, c'est une culture, c'est l'empreinte d'un être humain en interaction avec les autres. C'est comme la littérature, ça ne peut être un produit.
Paragraphe 16
So what we are discovering is it's a culture made by communities; and we could have known that in 1965 or 1970. It was hard to see in 1990 but it's easy (laugh) to see again in 2006. In my judgment this is in that historical sense more about clearing away a temporary confusion than it is about some strange and amazing departure that suddenly occurred.
Donc, nous sommes en train de découvrir qu'il s'agit d'une culture engendrée pas des communautés; nous aurions pu nous en rendre compte en 1965 où en 1970. C'était difficile à voir en 1990 mais c'est devenu évident (rires) en 2006. Pour moi il s'agit plus, d'un point de vue historique, de mettre un terme à une confusion temporaire plutôt que de parler d'un mystèrieux et étrange point de départ qui aurait surgit d'on ne sait où.

