En finir avec la guerre au partage
par Richard Stallman
Paragraphe 1
When record companies make a fuss about the danger of "piracy", they're not talking about violent attacks on shipping. What they complain about is the sharing of copies of music, an activity in which millions of people participate in a spirit of cooperation. The term "piracy" is used by record companies to demonize sharing and cooperation by equating them to kidnaping, murder and theft.
Quand les maisons de disques font toute une histoire autour du danger du "piratage", elles ne parlent pas d'attaques violentes de navires. Elles se plaignent du partage de copies de musique, une activité à laquelle participent des millions de personnes dans un esprit de coopération. Le terme "piratage" est utilisé par les maisons de disques pour diaboliser le partage et la coopération en les comparant à un enlèvement,un meurtre ou un vol.
Paragraphe 2
Copyright was set up after the printing press made copying a matter of mass production, typically done commercially. Copyright was acceptable in that technological context because it functioned as an industrial regulation, not restricting readers or (later) music listeners.
Le copyright(1) a été mis en place lorsque la presse imprimée a fait de la copie un produit de masse, normalement à des fins commerciales. Le copyright était acceptable dans ce contexte technologique car il servait à réguler la production industrielle, ne restreignant pas les lecteurs ou (plus tard) les auditeurs de musique.
(1) NDT : Le « copyright » de législation américaine peut se traduire par droit d'auteur ou littéralement "droit de copie". Cependant la notion de droit d'auteur étant différente en France d'un point de vue légal ( s'y ajoute un droit moral propre à la législation française) , je préfère laisser ce terme en l'état.
--Goofy 7 septembre 2009 à 17:46 (UTC):
pour "matter" je pense qu'il s'agit du produit quasi industriel ("matériel" produit en masse) d'où l'allègement que je suggère, et non pas du sens abstrait habituel
Paragraphe 3
In the 1890s, record companies began selling mass-produced musical recordings. These records facilitated the enjoyment of music, and did nothing to interfere with listening to music. Copyright on these musical recordings was mostly uncontroversial as it only restricted record companies and not music listeners.
Dans les années 1890, les maisons de disques commencèrent à vendre des enregistrements musicaux produits en série. Ceux-ci facilitèrent le plaisir de la musique et ne furent pas un obstacle à son écoute . Le copyright sur ces enregistrements était en général peu sujet à controverse dans la mesure où il ne restreignait que les maisons de disques mais pas les auditeurs.
Paragraphe 4
Today's digital technology enables everyone to make and share copies. Record companies now seek to use copyright law to deny us the use of this technical advance. The law which was acceptable when it restricted only publishers is now an injustice because it forbids cooperation among citizens.
La technique numérique d'aujourd'hui permet à chacun de faire et partager des copies. Les maisons de disques cherchent maintenant à utiliser les lois sur le copyright pour nous refuser l'utilisation de cette avancée technologique. La loi, acceptable quand elle ne restreignait que les éditeurs, est maintenant une injustice car elle interdit la coopération entre citoyens.
Paragraphe 5
To stop people from sharing goes against human nature, and the Orwellian propaganda that "sharing is theft" usually falls on deaf ears. It appears the only way to stop people from sharing is with a harsh War on Sharing. Thus the record companies, through their legal arms such as the RIAA, sue teenagers for hundreds of thousands of dollars for sharing. Meanwhile, corporate conspiracies to restrict public access to technology have developed systems of Digital Restrictions Management, designed to handcuff users and make copying impossible. Examples include iTunes as well as DVDs and Blueray disks. (See DefectiveByDesign.org for more information.) Although these conspiracies operate in restraint of trade, governments systematically fail to prosecute them.
Empêcher les gens de partager s'oppose à la nature humaine, aussi la propagande orwellienne du "partager, c'est voler" tombe-t-elle habituellement dans l'oreille de sourds. Il semble que le seule manière d'empêcher les gens de partager soit une guerre rude contre le partage. Ainsi, les maisons de disques, au moyen de leurs armes légales comme la RIAA (2), poursuivent en justice des adolescents, leur demandant des centaines de milliers de dollars, pour avoir partagé. Au même moment, des coalitions d'entreprises, en vue de restreindre l'accès du public à la technologie, ont développé des systèmes de Gestion de Droits Numériques (3) pensés pour menotter les utilisateurs et rendre les copies impossibles: les exemples incluent iTunes ou encore les disques DVD et Blueray ( voir DefectiveByDesign.org pour plus d'informations). Quoique ces coalitions opèrent dans le cadre des clauses de non-concurrence, les gouvernements oublient systématiquement de les poursuivre légalement.
Sharing continues despite these measures; the human impulse to cooperate is strong. Therefore, the record companies and other publishers demand ever nastier measures to castigate sharers. The US passed a law in October 2008 to seize computers used for forbidden sharing. The European Union is considering a directive to cut off Internet service for people who have been accused (not convicted) of sharing; see laquadrature.net if you want to help oppose it. New Zealand in 2008 already adopted such a law.
Le partage continue malgré ces mesures ; l'être humain connaît un très fort désir de partage. En conséquence, les maisons de disques et autres éditeurs demandent des mesures toujours plus dures pour châtier les partageurs. Les États-Unis ont voté une loi en Octobre 2008 afin de saisir les ordinateurs utilisés pour le partage interdit. L'union Européenne envisage une directive afin de couper l'accès à Internet aux personnes accusées ( pas condamnées) de partage : voir laquadrature.net si vous souhaitez aider et vous opposer à cela. La Nouvelle Zélande a déjà adopté une telle loi en 2008.
Paragraphe 7
At a recent film conference I heard a proposal to require people to prove their identity to gain access to the Internet; such monitoring would also help crush dissent and democracy. China has announced such a policy for Internet cafes; will the EU be next? An MP in the UK proposed to imprison people for ten years for sharing. This has not been adopted — yet. Meanwhile, in Mexico, children are being invited to report their own parents, Soviet style, for unauthorized copying. It seems there is no limit to the cruelty that the copyright industry will propose for its War on Sharing.
Au cours d'une récente conférence cinématographique, j'ai entendu une proposition demandant que les gens prouvent leur identité afin d' accéder à l'Internet: une telle surveillance aiderait aussi à écraser la dissidence et la démocratie. La Chine a annoncé une telle politique pour les cybercafés : l'Europe sera-t-elle la prochaine ? Un premier ministre au Royaume-Uni a proposé d'emprisonner dix ans les personnes en cas de partage. Ce n'est toujours pas appliqué...pour le moment. Pendant ce temps, à Mexico, les enfants sont invités à dénoncer leurs propres parents, dans le meilleur style soviétique, pour des copies non-autorisées. Il semble qu'il n'y ait pas de limite à la cruauté proposée par l'industrie du copyright dans sa guerre au partage.
Paragraphe 8
The record companies' main argument for forbidding sharing is that it causes the "loss" of jobs. This claim turns out to be pure guesswork (1). But even if they were true, they would not justify the War on Sharing. Should we forbid people to clean their own homes to avoid "loss" of janitorial jobs? Forbid people to cook for themselves, or forbid sharing of recipes, to avoid the "loss" of restaurant jobs? Such arguments are absurd because the "cure" is more profoundly harmful than the "disease".
Le principal argument des maisons de disques, en vue de l'interdiction du partage, est que cela cause des pertes d'emplois.Cette assertion se révèle n'être que pure hypothèse (1). Et même en admettant qu'elle soit vraie, cela ne justifierait pas la guerre au partage. Devrions-nous empêcher les gens de nettoyer leurs maisons pour éviter la perte d'emplois de concierges ? Empêcher les gens de cuisiner ou empêcher le partage de recettes afin d'éviter des pertes d'emplois dans la restauration ? De tels arguments sont absurdes parce que le remède est radicalement plus nocif que la maladie.
Paragraphe 9
The record companies also claim that sharing music takes money away from musicians. This is the sort of half-truth that is worse than a lie — except the level of truth in it is much less than half.
Les maisons de disques prétendent aussi que le partage de musique enlève de l'argent aux musiciens. Voilà une sorte de demi-vérité pire qu'un mensonge : on n'y trouve même pas une vraie moitié de vérité.
Paragraphe 10
Even if we accept their supposition you would have bought a copy of the same music — usually false, but occasionally true — it is only if the musicians are long-established superstars that they would get any money from your purchase. The record companies bully musicians at the start of their careers into exploitative contracts that bind them for 5 or 7 albums. It is almost unheard of for a record published under the scope of these contracts to sell enough copies that the musicians get a cent from sales. For more details, see this link. Long-established superstars aside, sharing only reduces the income that record companies use to sue music lovers.
Même en admettant leur supposition que vous auriez acheté un exemplaire de la même musique ( généralement faux, mais parfois vrai ), c'est seulement si les musiciens sont des célébrités établies depuis longtemps qu'ils gagneront de l'argent suite à votre achat. Les maisons de disques intimident les musiciens, au début de leur carrière, par des contrats abusifs les liant pour cinq ou sept albums. Il est quasiment inédit qu'un enregistrement, sous incidence de ces contrats, vende suffisamment d'exemplaires pour rapporter un centime à son auteur. Pour plus de détails, suivez ce lien [*** lien à ne pas oublier ici]. Abstraction faite des célébrités bien établies, le partage ne fait que réduire le revenu que les industriels du disque vont dépenser en procès intentés aux amateurs de musique.
Paragraphe 11
As for the few musicians whose contracts do not exploit them, the long-established superstars, it is no special problem for society or music if they get a little less rich. There is no justification for the War on Sharing. We, the public, should put an end to it.
Quant aux quelques musiciens qui ne sont pas exploités par leurs contrats, les célébrités bien assises, ce n'est pas un problème particulier pour la société ou la musique si elles deviennent un peu moins riches. Il n'y a aucune justification à la guerre au partage. Nous, le public, devrions y mettre un terme.
Paragraphe 12
Some argue that the record companies will never succeed in stopping people from sharing, that it cannot be done (2). Given the asymmetric strengths of record company lobbyists and music lovers, I mistrust predictions of who will win in this war; in any case, underestimating the enemy is folly. We must assume that either side can win and the outcome depends on us.
Certains prétendent que les maisons de disques ne réussiront jamais à empêcher les gens de partager, que cela ne peut se faire (2). Etant données les forces asymétriques des lobbyistes des maisons de disques et des amateurs de musique, je me méfie des prédictions sur l'issue de cette guerre ; en tout cas, c'est folie de sous-estimer l'ennemi. Nous devons supposer que chaque camp peut gagner et que le dénouement dépend de nous.
Paragraphe 13
Besides, even if the record companies never succeed in crushing human cooperation, they cause much misery just by trying, and intend to cause more. Rather than allow them to pursue the War on Sharing until they admit it is futile, we must stop them as soon as possible. We must legalize sharing.
De plus, même si les maisons de disques ne réussiront jamais à étouffer la coopération humaine, elles causent énormément de souffrance juste en essayant, avec l'intention d'en générer davantage. Plutôt que de les laisser continuer cette guerre au partage jusqu'à ce qu'ils admettent sa futilité, nous devons les arrêter aussi vite que possible. Nous devons légaliser le partage.
Paragraphe 14
Some say the networked society has no more use for record companies. I do not support that position. I will never pay for a music download until the day I can do that anonymously, so I want to be able to buy CDs anonymously in a record store. I do not wish for the elimination of record companies in general, but I will not give up my freedom to keep them going.
Certains disent que la société en réseau n'a plus besoin de maisons de disques. Je n'adhère pas à cette position. Je ne paierai jamais pour un téléchargement de musique tant que je ne pourrai pas le faire anonymement, je veux donc être capable d'acheter des CDs anonymement dans une boutique. Je ne souhaite pas la disparition des maisons de disques en général, mais je n'abandonnerai pas ma liberté pour qu'elles puissent continuer.
Paragraphe 15
The purpose of copyright — on musical recordings, or anything else — is simple: to encourage writing and art. That's a desirable goal, but there are limits to what it can justify. Stopping people from sharing noncommercially is just too much. If we wish to promote music in the age of computer networks, we must choose methods that fit in with what we want to do with music, and that includes sharing.
Le but du copyright ( sur des enregistrements musicaux ou toute autre chose) est simple : encourager l'écriture et l'art. C'est un but séduisant mais il y a des limites à sa justification. Empêcher les gens de pratiquer le partage sans but commercial, c'est tout simplement abusif. Si nous voulons promouvoir la musique à l'âge des réseaux informatiques, nous devons choisir des méthodes correspondant à ce que nous voulons faire avec la musique, et ceci comprend le partage.
Paragraphe 16
Here are several suggestions for what we could do:
Fans of certain kinds of music could organize fan clubs which would support the people who like that music.
We could increase funds for existing government programs that subsidize musical performance.
Artists can fund expensive works through subscription, with the funds to be returned if the work is not made.
Many musicians get more money from merchandise than recordings. If they take the plunge into merchandise-based funding, they have no reason to restrict copying; quite the contrary.
We could support musical artists with public funds distributed directly to them in proportion to the cube root of their popularity. Using the cube root means that if superstar A is 1000 times as popular as skilled artist B, A will get 10 times as much of the tax funds as B. This way of dividing the money is an efficient way to promote a broad diversity of music.
The law should ensure that record companies cannot confiscate these funds from the artists, since experience shows they will try. To speak of "compensating" the "rights holder" is a veiled way of proposing to give most of the money to the record companies in the name of the artists.
These funds could come from the general budget, or from a special tax on something vaguely correlated with listening to music, such as blank disks or Internet connectivity. Either way would do the job.
Support artists with voluntary payments. This is already working fairly well for some artists, including Radiohead and Nine Inch Nails and Jane Siberry (sheeba.ca), even using inconvenient systems that require the purchaser to have a credit card.
If any music lover could pay easily with digital cash, if each music player had a button you could push to send one euro to the artists that made the piece you listened to, wouldn't you push it occasionally, perhaps once a week? Only the poor and the very stingy would refuse.
You may have other good ideas. Let's support musicians, and let's legalize sharing.
Voici quelques suggestions à propos de ce que nous pourrions faire:
les fans d'un certain style de musique pourraient organiser des fans clubs qui aideraient les gens aimant cette musique.
Nous pourrions augmenter les fonds des programmes gouvernementaux existants qui subventionnent les représentations publiques.
Les artistes peuvent financer leurs projets artistiques coûteux par des souscriptions, les fonds devant être remboursés si rien n'est fait.
De nombreux musiciens obtiennent plus d'argent des produits dérivés que des enregistrements. S'ils se jettent à l'eau dans le financement par ventes de produits dérivés, ils n'ont aucune raison de restreindre la copie, bien au contraire.
Nous pourrions soutenir les artistes musiciens par des fonds publics distribués directement en fonction de la racine cubique de leur popularité. Utiliser la racine cubique signifie que, si la célébrité A est 1000 fois plus populaire que l'artiste chevronné B, A touchera 10 fois plus de taxes que B. Cette manière de partager l'argent est une façon efficace de promouvoir une grande diversité de musique.
La loi devrait s'assurer que les labels de disques ne pourront pas confisquer ces sommes à l'artiste, l'expérience montrant qu'elles vont essayer de le faire. Parler de "compensation" des "détenteurs de droits" est une manière voilée de proposer de donner l'essentiel de l'argent aux maisons de disques, au nom des artistes.
Ces fonds pourraient venir du budget général, ou d'une taxe spéciale sur quelque chose vaguement liée à l'écoute de musique, telle que disques vierges ou connexion internet. L'une ou l'autre manière fera l'affaire.
aider l'artiste par des paiements volontaires. Cela fonctionne déjà plutôt bien pour quelques artistes tels que Radiohead, Nine Inch nail ou Jane Siberry ( sheeba.ca), même en utilisant des systèmes peu pratiques qui obligent l'acheteur à avoir une carte de crédit.
Si chaque amoureux de la musique pouvait payer avec une monnaie numérique (digital cash), si chaque lecteur de musique comportait un bouton sur lequel appuyer pour envoyer un euro à l'artiste qui a créé le morceau que vous écoutez, ne le pousseriez-vous pas occasionnellement, peut-être une fois par semaine ? Seuls les pauvres et les vrais radins refuseraient.
Vous avez peut-être d'autres bonnes idées. Soutenons les musiciens et légalisons le partage.
Paragraphe 17
1. See this article, but beware its use of the propaganda term "intellectual property", which spreads confusion by lumping together unrelated laws. See this link for why it is never good to use that term.
2. See the-future-of-copyright.
1.Voir cet article, mais attention à son utilisation du terme de propagande "propriété intellectuelle", qui entretient la confusion en mettant dans le même panier des lois sans rapport. Voir ce lien et pourquoi il n'est jamais bon d'utiliser ce terme.
2. voir the-future-of-copyright.
Paragraphe 18
Copyright 2009 Richard Stallman
This article is released under the Creative Commons Attribution Noderivs license version 3.0.
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