FRAMALANG: Avis Stallman retraite Bill Gates

De Framalang Wiki.


Article de Richard Stallman sur le "départ en retraite" de Bill Gates. Article original sur BBC News.

It's not the Gates, it's the bars [1] Accorder autant d'attention au départ en retraite de Bill Gates, c'est passer à côté de l'essentiel ; ce qui importe vraiment n'est ni Gates, ni Microsoft, mais le système de restrictions sans aucune éthique que Microsoft, à l'instar de nombreuses autres sociétés, impose à ses clients.Cette affirmation pourrait bien vous surprendre, puisque chez la plupart de ceux qui s'intéressent à l'informatique, Microsoft déchaîne les passions. Les hommes d'affaires, et les hommes politiques dociles, admirent la réussite et l'édification de cet empire informatique.

Nombreux sont ceux qui, hors du milieu de l'informatique, attribuent à Microsoft des avancées que cette entreprise s'est contentée de plagier, comme fabriquer des ordinateurs rapides et peu coûteux, ainsi que des interfaces graphiques pratiques. [modifier] Intro - Parag Nombreux sont ceux qui, hors du milieu de l'informatique, attribuent à Microsoft des avancées que cette entreprise s'est contentée de plagier, comme fabriquer des ordinateurs rapides et peu coûteux, ainsi que des interfaces graphiques pratique

Les gestes philanthropiques de Bill Gates pour la santé dans les pays pauvres lui ont attiré les faveurs de certains. Le Los Angeles Times a cependant signalé que sa fondation dépensait seulement 5 à 10 % de ses fonds par an et investissait le reste dans des sociétés qui seraient responsables de dégradations environnementales et de maladies dans ces mêmes pays.De nombreux informaticiens "haïssent" Bill Gates et Microsoft. Et ils ont de nombreuses raisons de le faire.

« Quémander des fonds »

Microsoft ne cesse de pratiquer avec obstination des comportements anti-concurrentiels et a été condamné pour cela à trois reprises. George W. Bush, qui a sorti Microsoft du pétrin à la suite de la deuxième condamnation américaine, a été invité au siège de Microsoft afin de recevoir des fonds pour sa campagne de l'année 2000.

De nombreux utilisateurs refusent la « taxe Microsoft », ce contrat de licence que l'on paie pour avoir Windows sur son ordinateur même si l'on n'a pas l'intention de s'en servir.Dans certains pays, il est possible d'en obtenir le remboursement, mais l'effort à fournir pour y parvenir est surhumain.

Sans parler des verrous numériques (DRM) : des bouts de logiciels qui ont pour but de vous empêcher d'accéder à vos fichiers librement. Un système de restriction plus contraignant encore semble être "la principale avancée" du système Windows Vista.

« Des incompatibilités permanentes »

Ensuite, vous devez subir les incompatibilités et les obstacles à l'interopérabilité avec bien d'autres logiciels non Microsoft. C'est pour cela que l'UE a ordonné à Microsoft de publier les spécifications de ses API.Cette année, Microsoft a placé des tas de membres acquis à sa cause dans les comités de normalisation, afin de décrocher la norme ISO pour son « format ouvert » de documents, système lourd, non implémentable et farci de brevets. En ce moment même, l'UE enquête sur les méthodes employées par Microsoft à ce sujet.Ces agissements sont bien entendu intolérables, mais ne sont nullement isolés. Ce sont des symptômes systématiques d'un mal bien plus profond dont la plupart n'ont pas conscience : le logiciel privateur.

Les logiciels Microsoft sont distribués sous des licences par lesquelles les utilisateurs sont divisés et ligotés. Ces utilisateurs sont divisés parce qu'il leur est interdit de partager des copies du logiciel avec qui que ce soit. Et ils sont ligotés parce qu'ils n'ont pas accès au code source des logiciels, lequel permet aux programmeurs de lire, modifier et améliorer le programme. Si vous êtes programmeur et que vous voulez modifier ces logiciels, pour vous-même ou quelqu'un d'autre, vous ne le pouvez pas.Si vous êtes dans les affaires et que vous voulez payer un programmeur pour ajuster ces logiciels à vos besoins, vous ne le pouvez pas. Si vous en faites une copie pour la donner à un ami, simple geste de gentillesse de votre part, on vous traite de « pirate ».

« Un système malhonnête »

Microsoft voudrait nous faire croire qu'aider son voisin est moralement équivalent à braquer une banque. L'accomplissement majeur de Microsoft est d'avoir imposé au plus grand nombre ce système social malhonnête.Gates en est même l'incarnation, à cause de sa tristement célèbre lettre ouverte aux utilisateurs d'ordinateurs, qu'il abreuvait d'insultes parce qu'ils partageaient des copies de ses programmes.Elle disait, en substance, « Si vous m'empêchez de vous maintenir divisés et ligotés, je n'écrirai plus de programmes et vous n'en aurez plus du tout. Rendez-vous ou vous êtes perdus ! »Gates peut bien partir, les murs et les barreaux du logiciel privateur qu'il a contribué à créer demeurent, pour l'instant.

« Changez de système »

Ce n'est cependant pas Gates qui a inventé le logiciel privateur, des milliers d'autres sociétés pratiquent les mêmes méthodes. Le logiciel privateur est foncièrement néfaste, quel qu'en soit l'auteur.Microsoft, Apple, Adobe et les autres, vous proposent des logiciels qui leur confèrent un pouvoir sur vous. Peu importe l'entreprise, là n'est pas le problème. Ce qu'il faut, c'est changer ce système.

C'est là la raison d'être du logiciel libre. Quand nous disons « libre », nous parlons de liberté : nous écrivons et publions des logiciels que les utilisateurs sont libres de partager et de modifier. Nous agissons ainsi systématiquement, au nom de la liberté ; certains d'entre nous sont payés, la plupart sont bénévoles. Nous disposons déjà de systèmes d'exploitation libres complets, parmi lesquels GNU/Linux.Notre but est d'offrir une gamme complète de logiciels libres et utiles, afin qu'aucun utilisateur ne soit tenté de troquer sa liberté contre du logiciel propriétaire.En 1984, quand j'ai lancé le mouvement pour le logiciel libre, j'avais à peine entendu parler de la lettre de Gates ; mais j'avais entendu des propos similaires et j'avais une réponse : « Si le but de votre logiciel est de nous diviser et de nous ligoter, ayez l'obligeance de ne pas le coder. Nous nous débrouillons très bien sans lui. Nous trouverons bien d'autres moyens d'utiliser nos ordinateurs et de conserver notre liberté. » En 1992, quand le système d'exploitation GNU a été complété par le noyau Linux, il fallait être un crack en informatique pour faire fonctionner le tout. Aujourd'hui, GNU/Linux est facile d'accès : dans certaines régions d'Espagne ou d'Inde, c'est le système par défaut dans les écoles. Des dizaines de millions de personnes l'utilisent à travers le monde. Vous aussi, vous pouvez l'utiliser sans difficulté.

Gates est peut-être parti, mais les murs et les barreaux du logiciel privateur, qu'il a contribué à élever, sont encore là. Pour l'instant.

C'est à nous de les abattre.

[1] Soit : Le problème, ce n'est pas Gates, ce sont les barreaux. Jeu de mots sur Gates qui signifie "portails, grilles".