Is Google Making Us Stupid?

De Framalang Wiki.

Faudrait savoir... c'est Wikipedia ou Google qui nous rend débile ?

Article original sur The Atlantic.


Pseudo Code Rôle Statut
Penguin Traduction Terminé
Olivier OLV Relecture Terminé
Don Rico DRI Validation Terminé


Article en ligne à l'adresse : http://www.framablog.org/index.php/post/2008/12/07/est-ce-que-google-nous-rend-idiot

Article en ligne à l'adresse : http://www.internetactu.net/2009/01/23/nicolas-carr-est-ce-que-google-nous-rend-idiot/

Article en ligne à l'adresse : http://www.telerama.fr/techno/et-vous-pensez-vous-que-le-web-rend-bete,42310.php

Article en ligne à l'adresse : http://www.lemonde.fr/technologies/article/2009/06/05/est-ce-que-google-nous-rend-idiot_1203030_651865.html

Article en ligne à l'adresse : http://www.telerama.fr/techno/internet-rend-il-bete,45486.php



Sommaire

Titre

Is Google Making Us Stupid?
Est-ce que Google nous rend idiot ?

Paragraphe 1

"Dave, stop. Stop, will you? Stop, Dave. Will you stop, Dave?” So the supercomputer HAL pleads with the implacable astronaut Dave Bowman in a famous and weirdly poignant scene toward the end of Stanley Kubrick’s 2001: A Space Odyssey. Bowman, having nearly been sent to a deep-space death by the malfunctioning machine, is calmly, coldly disconnecting the memory circuits that control its artificial “ brain. “Dave, my mind is going,” HAL says, forlornly. “I can feel it. I can feel it.”

"Dave, arrête. Arrête, s'il te plaît. Arrête Dave. Vas-tu t'arrêter, Dave ?" Ainsi le super-ordinateur HAL suppliait-il l'implacable astronaute Dave Bowman dans une scène célèbre et singulièrement poignante à la fin du film de Stanly Kubrick "2001, l'odyssée de l'espace". Bowman, qui avait failli être envoyé à la mort, au fin fond de l'espace, par la machine détraquée, est en train de déconnecter calmement et froidement les circuits mémoires qui contrôlent son "cerveau" électronique. "Dave, mon esprit est en train de disparaître", dit HAL, désespérément. "Je le sens. Je le sens.".

--DRI 6 décembre 2008 à 22:36 (CET):

En anglais "I can + verbe de perception" ne se traduit jamais par "Je peux". I can hear the rain : J'entends la pluie, etc. I can see him up there : je le vois là-haut...

L'idéal quand on est face à une référence ciné ou litté, c'est de chercher la trad officielle, mais bon... ce n'est pas toujours évident, et là ce n'est pas trop dur à traduire, alors... ;-)

Paragraphe 2

I can feel it, too. Over the past few years I’ve had an uncomfortable sense that someone, or something, has been tinkering with my brain, remapping the neural circuitry, reprogramming the memory. My mind isn’t going—so far as I can tell—but it’s changing. I’m not thinking the way I used to think. I can feel it most strongly when I’m reading. Immersing myself in a book or a lengthy article used to be easy. My mind would get caught up in the narrative or the turns of the argument, and I’d spend hours strolling through long stretches of prose. That’s rarely the case anymore. Now my concentration often starts to drift after two or three pages. I get fidgety, lose the thread, begin looking for something else to do. I feel as if I’m always dragging my wayward brain back to the text. The deep reading that used to come naturally has become a struggle.
Moi aussi, je le sens. Ces dernières années, j'ai eu la désagréable impression que quelqu'un, ou quelque chose, bricolait mon cerveau, en reconnectait les circuits neuronaux, reprogrammait ma mémoire. Mon esprit ne disparaît pas, je n'irai pas jusque là, mais il est en train de changer. Je ne pense plus de la même façon qu'avant. C'est quand je lis que ça devient le plus flagrant. Auparavant, me plonger dans un livre ou dans un long article ne me posait aucun problème. Mon esprit était happé par la narration ou par la construction de l'argumentation, et je passais des heures à me laisser porter par de longs morceaux de prose. Ce n'est plus que rarement le cas. Désormais, ma concentration commence à s'effilocher au bout de deux ou trois pages. Je m'agite, je perds le fil, je chercher autre chose à faire. J'ai l'impression d'être toujours en train de forcer mon cerveau rétif à revenir au texte. La lecture profonde, qui était auparavant naturelle, est devenue une lutte.

Paragraphe 3

I think I know what’s going on. For more than a decade now, I’ve been spending a lot of time online, searching and surfing and sometimes adding to the great databases of the Internet. The Web has been a godsend to me as a writer. Research that once required days in the stacks or periodical rooms of libraries can now be done in minutes. A few Google searches, some quick clicks on hyperlinks, and I’ve got the telltale fact or pithy quote I was after. Even when I’m not working, I’m as likely as not to be foraging in the Web’s info-thickets’reading and writing e-mails, scanning headlines and blog posts, watching videos and listening to podcasts, or just tripping from link to link to link. (Unlike footnotes, to which they’re sometimes likened, hyperlinks don’t merely point to related works; they propel you toward them.)
Je crois savoir ce qui se passe. Cela fait maintenant plus de dix ans que je passe énormément de temps sur la toile, à faire des recherches, à surfer et même parfois à apporter ma pierre aux immenses bases de données d'Internet. En tant qu'écrivain, j'ai reçu le Web comme une bénédiction. Les recherches, autrefois synonymes de journées entières au milieu des livres et magazines des bibliothèques, s'effectuent désormais en un instant. Quelques recherches sur Google, quelques clics de lien en lien et j'obtiens le fait révélateur ou la citation piquante que j'espérais. Même lorsque je ne travaille pas, il y a de grandes chances que je sois en pleine exploration du dédale rempli d'informations qu'est le Web ou en train de lire ou d'écrire des e-mails, de parcourir les titres de l'actualité et les derniers billets de mes blogs favoris, de regarder des vidéos et d'écouter des podcasts ou simplement de vagabonder d'un lien à un autre, puis à un autre encore. (À la différence des notes de bas de page, auxquelles on les apparente parfois, les liens hypertextes ne se contentent pas de faire référence à d'autres ouvrages ; ils vous attirent inexorablement vers ces nouveaux contenus.)

Paragraphe 4

For me, as for others, the Net is becoming a universal medium, the conduit for most of the information that flows through my eyes and ears and into my mind. The advantages of having immediate access to such an incredibly rich store of information are many, and they’ve been widely described and duly applauded. “The perfect recall of silicon memory,” Wired’s Clive Thompson has written, “can be an enormous boon to thinking.” But that boon comes at a price. As the media theorist Marshall McLuhan pointed out in the 1960s, media are not just passive channels of information. They supply the stuff of thought, but they also shape the process of thought. And what the Net seems to be doing is chipping away my capacity for concentration and contemplation. My mind now expects to take in information the way the Net distributes it: in a swiftly moving stream of particles. Once I was a scuba diver in the sea of words. Now I zip along the surface like a guy on a Jet Ski.
Pour moi, comme pour d'autres, le Net est devenu un media universel, le tuyau d'où provient la plupart des informations qui passent par mes yeux et mes oreilles. Les avantages sont nombreux d'avoir un accès immédiat à un magasin d'information d'une telle richesse, et ces avantages ont été largement décrits et applaudis comme il se doit. "Le souvenir parfait de la mémoire du silicium", a écrit Clive Thompson de Wired, "peut être une fantastique aubaine pour la réflexion." Mais cette aubaine a un prix. Comme le théoricien des média Marshall McLuhan le faisait remarquer dans les années 60, les média ne sont pas uniquement un canal passif d'information. Ils fournissent les bases de la réflexion, mais ils modèlent également le processus de la pensée. Et il semble que le Net érode ma capacité de concentration et de réflexion. Mon esprit attend désormais les informations de la façon dont le Net les distribue : comme un flux de particules s'écoulant rapidement. Auparavant, j'étais un plongeur dans une mer de mots. Désormais, je fends la surface comme un pilote de jet-ski.

Paragraphe 5

I’m not the only one. When I mention my troubles with reading to friends and acquaintances—literary types, most of them—many say they’re having similar experiences. The more they use the Web, the more they have to fight to stay focused on long pieces of writing. Some of the bloggers I follow have also begun mentioning the phenomenon. Scott Karp, who writes a blog about online media, recently confessed that he has stopped reading books altogether. “I was a lit major in college, and used to be [a] voracious book reader,” he wrote. “What happened?” He speculates on the answer: “What if I do all my reading on the web not so much because the way I read has changed, i.e. I’m just seeking convenience, but because the way I THINK has changed?”
Je ne suis pas le seul. Lorsque j'évoque mes problèmes de lecture avec des amis et des connaissances, amateurs de littérature pour la plupart, ils me disent vivre la même expérience. Plus ils utilisent le Web, plus ils doivent se battre pour rester concentrés sur de longues pages d'écriture. Certains des bloggeurs que je lis ont également commencé à mentionner ce phénomène. Scott Karp, qui tient un blog sur les média en ligne, a récemment confessé qu'il avait complètement arrêté de lire des livres. "J'étais spécialisé en littérature à l'université et je passais mon temps à lire des livres," écrit-il. "Que s'est-il passé ?" Il essaie de deviner la réponse : "Peut-être que je ne lis plus que sur Internet, non pas parce que ma façon de lire a changé (c'est à dire parce que je rechercherais la facilité), mais plutôt parce que ma façon de PENSER a changé ?"

Paragraphe 6

Bruce Friedman, who blogs regularly about the use of computers in medicine, also has described how the Internet has altered his mental habits. “I now have almost totally lost the ability to read and absorb a longish article on the web or in print,” he wrote earlier this year. A pathologist who has long been on the faculty of the University of Michigan Medical School, Friedman elaborated on his comment in a telephone conversation with me. His thinking, he said, has taken on a “staccato” quality, reflecting the way he quickly scans short passages of text from many sources online. “I can’t read War and Peace anymore,” he admitted. “I’ve lost the ability to do that. Even a blog post of more than three or four paragraphs is too much to absorb. I skim it.”
Bruce Friedman, qui bloggue régulièrement sur l'utilisation des ordinateurs en médecine, décrit également la façon dont Internet a transformé ses habitudes intellectuelles. "J'ai désormais perdu presque totalement la capacité de lire et d'absorber un long article, qu'il soit sur le Web ou imprimé," écrivait-il plus tôt cette année. Friedman, un pathologiste qui a longtemps été professeur l'école à de médecine du Michigan, a développé son commentaire lors d'une conversation téléphonique avec moi. Ses pensées, dit-il, ont acquis un style "staccato", à l'image de la façon dont il scanne rapidement de petits passages de texte provenant de multiples sources en ligne. "Je ne peux plus lire Guerre et Paix", admet-il. "J'ai perdu la capacité de le faire. Même un billet de blog de plus de trois ou quatre paragraphes est trop long pour que je l'absorbe. Je l'effleure à peine."
--DRI 6 décembre 2008 à 22:49 (CET):

faculty : faux-ami ——> équipe enseignante et non une faculté.

le chef d'œuvre The Faculty se passe dans un lycée et fait référence à l'équipe de profs qui se transforment en aliens lol

Paragraphe 7

Anecdotes alone don’t prove much. And we still await the long-term neurological and psychological experiments that will provide a definitive picture of how Internet use affects cognition. But a recently published study of online research habits , conducted by scholars from University College London, suggests that we may well be in the midst of a sea change in the way we read and think. As part of the five-year research program, the scholars examined computer logs documenting the behavior of visitors to two popular research sites, one operated by the British Library and one by a U.K. educational consortium, that provide access to journal articles, e-books, and other sources of written information. They found that people using the sites exhibited “a form of skimming activity,” hopping from one source to another and rarely returning to any source they’d already visited. They typically read no more than one or two pages of an article or book before they would “bounce” out to another site. Sometimes they’d save a long article, but there’s no evidence that they ever went back and actually read it. The authors of the study report:
Les anecdotes par elles-mêmes ne prouvent pas grand chose. Et nous attendons encore des expériences neurologiques et psychologiques sur le long terme, qui nous fourniraient une image définitive sur la façon dont Internet affecte nos capacités cognitives. Mais une étude publiée récemment sur les habitudes de recherches en ligne, conduite par des spécialistes de l'université de Londres, suggère que nous assistons peut-être à de profonds changements de notre façon de lire et de penser. Dans le cadre de ce programme de recherche de cinq ans, ils ont examiné des traces informatiques renseignant sur le comportement des visiteurs de deux sites populaires de recherche, l'un exploité par la bibliothèque britannique et l'autre par un consortium éducatif anglais, qui fournissent un accès à des articles de journaux, des livres électroniques et d'autres sources d'informations écrites. Ils ont découvert que les personnes utilisant ces sites présentaient "une forme d'activité d'écrémage", sautant d'une source à une autre et revenant rarement à une source qu'ils avaient déjà visitée. En règle générale, ils ne lisent pas plus d'une ou deux pages d'un article ou d'un livre avant de "bondir" vers un autre site. Parfois, ils sauvegardent un article long, mais il n'y a aucune preuve qu'ils y reviendront jamais et le liront réellement. Les auteurs de l'étude rapportent ceci :
--DRI 6 décembre 2008 à 22:51 (CET): typically : en règle générale

Paragraphe 8

It is clear that users are not reading online in the traditional sense; indeed there are signs that new forms of “reading” are emerging as users “power browse” horizontally through titles, contents pages and abstracts going for quick wins. It almost seems that they go online to avoid reading in the traditional sense.
Il est évident que les utilisateurs ne lisent pas en ligne dans le sens traditionnel.En effet, des signes montrent que de nouvelles formes de "lecture" apparaissent lorsque les utilisateurs "super-naviguent" horizontalement de par les titres, les contenus des pages et les résumés pour parvenir à des résultats rapides. Il semblerait presque qu'ils vont en ligne pour éviter de lire de manière traditionnelle.

Paragraphe 9

Thanks to the ubiquity of text on the Internet, not to mention the popularity of text-messaging on cell phones, we may well be reading more today than we did in the 1970s or 1980s, when television was our medium of choice. But it’s a different kind of reading, and behind it lies a different kind of thinking—perhaps even a new sense of the self. “We are not only what we read,” says Maryanne Wolf, a developmental psychologist at Tufts University and the author of Proust and the Squid: The Story and Science of the Reading Brain. “We are how we read.” Wolf worries that the style of reading promoted by the Net, a style that puts “efficiency” and “immediacy” above all else, may be weakening our capacity for the kind of deep reading that emerged when an earlier technology, the printing press, made long and complex works of prose commonplace. When we read online, she says, we tend to become “mere decoders of information.” Our ability to interpret text, to make the rich mental connections that form when we read deeply and without distraction, remains largely disengaged.
Grâce à l'omniprésence du texte sur Internet, sans même parler de la popularité des textos sur les téléphones portables, nous lisons peut-être davantage aujourd'hui que dans les années 70 ou 80, lorsque la télévision était le média de choix. Mais il s'agit d'une façon différente de lire, qui cache une façon différente de penser, peut-être même un nouveau sens de l'identité. "Nous ne sommmes pas seulement ce que nous lisons", dit Maryanne Wolf, psychologue du développement à l'université Tufts et l'auteur de "Proust et le Calmar : l'histoire et la science du cerveau qui lit". "Nous sommes définis par notre façon de lire." Wolf s'inquiète que le style de lecture promu par le Net, un style qui place "l'efficacité" et "l'immédiateté" au-dessus de tout, puisse fragiliser notre capacité pour le style de lecture profonde qui a émergé avec une technologie plus ancienne, l'imprimerie, qui a permis de rendre banals les ouvrages longs et complexes. Lorsque nous lisons en ligne, dit-elle, nous avons tendance à devenir de "simples décodeurs de l'information". Notre capacité à interpréter le texte, à réaliser les riches connexions mentales qui se produisent lorsque nous lisons profondément et sans distraction, reste largement inutilisée.

Paragraphe 10

Reading, explains Wolf, is not an instinctive skill for human beings. It’s not etched into our genes the way speech is. We have to teach our minds how to translate the symbolic characters we see into the language we understand. And the media or other technologies we use in learning and practicing the craft of reading play an important part in shaping the neural circuits inside our brains. Experiments demonstrate that readers of ideograms, such as the Chinese, develop a mental circuitry for reading that is very different from the circuitry found in those of us whose written language employs an alphabet. The variations extend across many regions of the brain, including those that govern such essential cognitive functions as memory and the interpretation of visual and auditory stimuli. We can expect as well that the circuits woven by our use of the Net will be different from those woven by our reading of books and other printed works.
La lecture, explique Wolf, n'est pas une capacité instinctive de l'être humain. Elle n'est pas inscrite dans nos gènes de la même façon que le langage. Nous devons apprendre à nos esprits comment traduire les caractères symboliques que nous voyons dans un langage que nous comprenons. Et le médium ou tout autre technologie que nous utilisons pour apprendre et exercer la lecture joue une rôle important dans la façon dont les circuits neuronaux sont modelés dans nos cerveaux. Les expériences montrent que les lecteurs d'idéogrammes, comme les chinois, développent un circuit mental pour lire très différent des circuits trouvés parmi ceux qui utilisent un langage écrit employant un alphabet. Les variations s'étendent à travers de nombreuses régions du cerveau, incluant celles qui gouvernent des fonctions cognitives essentielles comme la mémoire et l'interprétation des stimuli visuels et auditifs. De la même façon, nous pouvons nous attendre à ce que les circuits tissés par notre utilisation du Net seront différents de ceux tissés par notre lecture des livres et d'autres ouvrages imprimés.

Paragraphe 11

Sometime in 1882, Friedrich Nietzsche bought a typewriter—a Malling-Hansen Writing Ball, to be precise. His vision was failing, and keeping his eyes focused on a page had become exhausting and painful, often bringing on crushing headaches. He had been forced to curtail his writing, and he feared that he would soon have to give it up. The typewriter rescued him, at least for a time. Once he had mastered touch-typing, he was able to write with his eyes closed, using only the tips of his fingers. Words could once again flow from his mind to the page.
En 1882, Friedrich Nietzsche acheta une machine à écrire, une "Malling-Hansen Writing Ball" pour être précis. Sa vue était en train de baisser, et rester concentré longtemps sur une page était devenu exténuant et douloureux, source de maux de têtes fréquents et douloureux. Il fut forcé de moins écrire, et il eut peur de bientôt devoir abandonner. La machine à écrire l'a sauvé, au moins pour un temps. Une fois qu'il eut maîtrisé la frappe, il fut capable d'écrire les yeux fermés, utilisant uniquement le bout de ses doigts. Les mots pouvaient de nouveau couler de son esprit à la page.

Paragraphe 12

But the machine had a subtler effect on his work. One of Nietzsche’s friends, a composer, noticed a change in the style of his writing. His already terse prose had become even tighter, more telegraphic. “Perhaps you will through this instrument even take to a new idiom,” the friend wrote in a letter, noting that, in his own work, his “‘thoughts’ in music and language often depend on the quality of pen and paper.”
Mais la machine eut un effet plus subtil sur son travail. Un des amis de Nietzsche, un compositeur, remarqua un changement dans son style d'écriture. Sa prose, déjà laconique, devint encore plus concise, plus télégraphique. "Peut-être que, grâce à ce nouvel instrument, tu vas même obtenir un nouveau langage", lui écrivit cet ami dans une lettre, notant que dans son propre travail ses "pensées" sur la musique et le langage dépendaient souvent de la qualité de son stylo et du papier".

Paragraphe 13

“You are right,” Nietzsche replied, “our writing equipment takes part in the forming of our thoughts.” Under the sway of the machine, writes the German media scholar Friedrich A. Kittler , Nietzsche’s prose “changed from arguments to aphorisms, from thoughts to puns, from rhetoric to telegram style.”
"Tu as raison", répondit Nietzsche , "nos outils d'écriture participent à l'éclosion de nos pensées." Sous l'emprise de la machine, écrit le spécialiste allemand des médias Friedrich A. Kittler, la prose de Nietzsche "est passée des arguments aux aphorismes, des pensées aux jeux de mots, de la rhétorique au style télégraphique."

Paragraphe 14

The human brain is almost infinitely malleable. People used to think that our mental meshwork, the dense connections formed among the 100 billion or so neurons inside our skulls, was largely fixed by the time we reached adulthood. But brain researchers have discovered that that’s not the case. James Olds, a professor of neuroscience who directs the Krasnow Institute for Advanced Study at George Mason University, says that even the adult mind “is very plastic.” Nerve cells routinely break old connections and form new ones. “The brain,” according to Olds, “has the ability to reprogram itself on the fly, altering the way it functions.”
Le cerveau est malléable presque à l'infini. On a longtemps cru que notre réseau mental, les connections denses qui se forment parmi nos 100 milliards et quelques de neurones, sont largement établis au moment où nous atteignons l'âge adulte. Mais des chercheurs du cerveau ont découvert que ce n'était pas le cas. James Olds, professeur de neurosciences qui dirige l'institut Krasnow pour l'étude avancée à l'université George Mason, dit que même l'esprit adulte "est très plastique". Les cellules nerveuses rompent régulièrement leurs anciennes connexions et en créent de nouvelles. "Le cerveau", selon Olds, "a la capacité de se reprogrammer lui-même à la volée, modifiant la façon dont il fonctionne."
--DRI 6 décembre 2008 à 23:04 (CET):

used to : indique le passé

I used to use Windows : Avant, j'étais sous Windows. (sous entendu "plus maintenant"

Paragraphe 15

As we use what the sociologist Daniel Bell has called our “intellectual technologies”—the tools that extend our mental rather than our physical capacities—we inevitably begin to take on the qualities of those technologies. The mechanical clock, which came into common use in the 14th century, provides a compelling example. In Technics and Civilization, the historian and cultural critic Lewis Mumford described how the clock “disassociated time from human events and helped create the belief in an independent world of mathematically measurable sequences.” The “abstract framework of divided time” became “the point of reference for both action and thought.”
Lorsque nous utilisons ce que le sociologue Daniel Bell appelle nos "technologies intellectuelles", les outils qui étendent nos capacités mentales plutôt que physiques, nous empruntons inéluctablement les qualités de ces technologies. L'horloge mécanique, qui est devenu d'utilisation fréquente au 14ème siècle, fournit un exemple frappant. Dans "Technique et Civilisation", l'historien et critique culturel Lewis Mumford décrit comment l'horloge "a dissocié le temps des événements humains et a contribué à créer la croyance en un monde indépendant constitué de séquences mathématiquement mesurables". La "structure abstraite du découpage du temps" est devenue "le point de référence à la fois pour l'action et les pensées".

Paragraphe 16

The clock’s methodical ticking helped bring into being the scientific mind and the scientific man. But it also took something away. As the late MIT computer scientist Joseph Weizenbaum observed in his 1976 book, Computer Power and Human Reason: From Judgment to Calculation, the conception of the world that emerged from the widespread use of timekeeping instruments “remains an impoverished version of the older one, for it rests on a rejection of those direct experiences that formed the basis for, and indeed constituted, the old reality.” In deciding when to eat, to work, to sleep, to rise, we stopped listening to our senses and started obeying the clock.
Le tic-tac systématique de l'horloge a contribué à créer l'esprit scientifique et l'homme scientifique. Mais il nous a également retiré quelque chose. Comme feu l'informaticien du MIT Joseph Weizenbaum l'a observé dans son livre de 1976, "Le pouvoir de l'ordinateur et la raison humaine : du jugement au calcul", la conception du monde qui a émergé de l'utilisation massive d'instruments de chronométrage "reste une version appauvrie de l'ancien monde, car il repose sur le rejet de ces expériences directes qui formaient la base de l'ancienne réalité, et la constituaient de fait.". En décidant du moment auquel il faut manger, travailler, dormir et se lever, nous avons arrêté d'écouter nos sens et commencé à nous soumettre aux ordres de l'horloge.

Paragraphe 17

The process of adapting to new intellectual technologies is reflected in the changing metaphors we use to explain ourselves to ourselves. When the mechanical clock arrived, people began thinking of their brains as operating “like clockwork.” Today, in the age of software, we have come to think of them as operating “like computers.” But the changes, neuroscience tells us, go much deeper than metaphor. Thanks to our brain’s plasticity, the adaptation occurs also at a biological level.
Le processus d'adaptation aux nouvelles technologies intellectuelles est reflété dans les métaphores changeantes que nous utilisons pour nous expliquer à nous-même. Quand l'horloge mécanique est arrivée, les gens ont commencé à penser que leur cerveau opérait "comme une horloge". Aujourd'hui, à l'ère du logiciel, nous pensons qu'il fonctionne "comme un ordinateur". Mais les changements, selon la neuroscience, dépassent la simple métaphore. Grâce à la plasticité de notre cerveau, l'adaptation se produit également au niveau biologique.

Paragraphe 18

The Internet promises to have particularly far-reaching effects on cognition. In a paper published in 1936, the British mathematician Alan Turing proved that a digital computer, which at the time existed only as a theoretical machine, could be programmed to perform the function of any other information-processing device. And that’s what we’re seeing today. The Internet, an immeasurably powerful computing system, is subsuming most of our other intellectual technologies. It’s becoming our map and our clock, our printing press and our typewriter, our calculator and our telephone, and our radio and TV.
Internet promet d'avoir des effets particulièrement profonds sur la cognition. Dans un article publié en 1936, le mathématicien anglais Alan Turing a prouvé que l'ordinateur numérique, qui à l'époque n'existait que sous la forme d'une machine théorique, pouvait être programmé pour réaliser les fonctions de n'importe quel autre appareil traitant l'information. Et c'est ce à quoi nous assistons de nos jours. Internet, un système informatique d'une puissance inouïe, inclut la plupart de nos autres technologies intellectuelles. Il devient notre plan et notre horloge, notre imprimerie et notre machine à écrire, notre calculatrice et notre téléphone, notre radio et notre télévision.

Paragraphe 19

When the Net absorbs a medium, that medium is re-created in the Net’s image. It injects the medium’s content with hyperlinks, blinking ads, and other digital gewgaws, and it surrounds the content with the content of all the other media it has absorbed. A new e-mail message, for instance, may announce its arrival as we’re glancing over the latest headlines at a newspaper’s site. The result is to scatter our attention and diffuse our concentration.
Quand le Net absorbe un médium, ce médium est recréé à l'image du Net. Il injecte dans le contenu du médium des liens hypertextes, des pubs clignotantes et autres bidules numériques, et il entoure ce contenu avec le contenu de tous les autres média qu'il a absorbés. Un nouveau message e-mail, par exemple, peut annoncer son arrivée pendant que nous jetons un coup d'œil aux derniers titres sur le site d'un journal. Résultat : notre attention est dispersée et notre concentration devient diffuse.

Paragraphe 20

The Net’s influence doesn’t end at the edges of a computer screen, either. As people’s minds become attuned to the crazy quilt of Internet media, traditional media have to adapt to the audience’s new expectations. Television programs add text crawls and pop-up ads, and magazines and newspapers shorten their articles, introduce capsule summaries, and crowd their pages with easy-to-browse info-snippets. When, in March of this year, TheNew York Times decided to devote the second and third pages of every edition to article abstracts , its design director, Tom Bodkin, explained that the “shortcuts” would give harried readers a quick “taste” of the day’s news, sparing them the “less efficient” method of actually turning the pages and reading the articles. Old media have little choice but to play by the new-media rules.
L'influence du Net ne se limite pas aux bords de l'écran de l'ordinateur non plus. En même temps que l'esprit des gens devient sensible au patchwork disparate du médium Internet, les média traditionnels ont dû s'adapter aux nouvelles attentes de leur public. Les programmes de télévision ajoutent des textes défilants et des pubs qui surgissent, tandis que les magazines et les journaux réduisent la taille de leurs articles, ajoutent des résumés, et parsèment leurs pages de fragments d'information faciles à parcourir. Lorsque, au mois de mars de cette année, le New York Times a décidé de consacrer la deuxième et la troisième page de toutes ses éditions à des résumés d'articles, son directeur artistique, Tom Badkin, explique que les "raccourcis" donneront aux lecteurs pressés un "avant-goût" des nouvelles du jour, leur évitant la méthode "moins efficace" de tourner réellement les pages et de lire les articles. Les anciens média n'ont pas d'autre choix que de jouer suivant les règles du nouveau médium.
--Penguin 18 novembre 2008 à 22:21 (CET): j'ai traduit 'harried' par 'pressé' car ça me passait cohérent dans le contexte. Vous en pensez quoi ?
--Olivier 6 décembre 2008 à 13:53 (CET): Bon choix je pense. "troublé" ne conviendrait pas vraiment.
--Olivier 6 décembre 2008 à 13:53 (CET):
--DRI 7 décembre 2008 à 09:50 (CET): J'ai fait le choix de médium/média pour le singulier et le pluriel. Si ce n'est pas le bon choix il faudra remplacer ces termes dans tout le texte
Pour harried, il s'agit bien d'une coquille, je pense. Le bon terme est doit en effet être "hurried".

Paragraphe 21

Never has a communications system played so many roles in our lives—or exerted such broad influence over our thoughts—as the Internet does today. Yet, for all that’s been written about the Net, there’s been little consideration of how, exactly, it’s reprogramming us. The Net’s intellectual ethic remains obscure.
Jamais système de communication n'a joué autant de rôles différents dans nos vies, ou exercé une si grande influence sur nos pensées, que ne le fait Internet de nos jours. Pourtant, malgré tout ce qui a été écrit à propos du Net, on a très peu abordé la façon dont, exactement, il nous reprogramme. L'éthique intellectuelle du Net reste obscure.
--DRI 7 décembre 2008 à 09:52 (CET): éthique est féminin

Paragraphe 22

About the same time that Nietzsche started using his typewriter, an earnest young man named Frederick Winslow Taylor carried a stopwatch into the Midvale Steel plant in Philadelphia and began a historic series of experiments aimed at improving the efficiency of the plant’s machinists. With the approval of Midvale’s owners, he recruited a group of factory hands, set them to work on various metalworking machines, and recorded and timed their every movement as well as the operations of the machines. By breaking down every job into a sequence of small, discrete steps and then testing different ways of performing each one, Taylor created a set of precise instructions—an “algorithm,” we might say today—for how each worker should work. Midvale’s employees grumbled about the strict new regime, claiming that it turned them into little more than automatons, but the factory’s productivity soared.
À peu près au moment où Nietzsche commençait à utiliser sa machine à écrire, un jeune homme sérieux du nom de Frederick Winslow Taylor apporta un chronomètre dans l'aciérie Midvale de Philadelphie et entama une série d'expériences historique dont le but était d'améliorer l'efficacité des machinistes de l'usine. Avec l'accord des propriétaires de Midvale, il embaucha un groupe d'ouvriers, les fit travailler sur différentes machines de métallurgie, enregistra et chronométra chacun de leurs mouvements ainsi que les opérations des machines. En découpant chaque travail en une séquence de petites étapes unitaires et en testant les différentes façons de réaliser chacune d'entre elles, Taylor créa un ensemble d'instructions précises, un "algorithme", pourrions dire de nos jours, décrivant comment chaque ouvrier devait travailler. Les employés de Midvale se plaignirent de ce nouveau régime strict, affirmant que cela faisait d'eux quelque chose d'à peine mieux que des automates, mais la productivité de l'usine monta en flèche.
--DRI 7 décembre 2008 à 09:53 (CET): Les règles de typo modernes indiquent qu'il faut accentuer les majuscules. Sous Ubuntu, À ‑> AltGr + Maj + à

Paragraphe 23

More than a hundred years after the invention of the steam engine, the Industrial Revolution had at last found its philosophy and its philosopher. Taylor’s tight industrial choreography—his “system,” as he liked to call it—was embraced by manufacturers throughout the country and, in time, around the world. Seeking maximum speed, maximum efficiency, and maximum output, factory owners used time-and-motion studies to organize their work and configure the jobs of their workers. The goal, as Taylor defined it in his celebrated 1911 treatise, The Principles of Scientific Management, was to identify and adopt, for every job, the “one best method” of work and thereby to effect “the gradual substitution of science for rule of thumb throughout the mechanic arts.” Once his system was applied to all acts of manual labor, Taylor assured his followers, it would bring about a restructuring not only of industry but of society, creating a utopia of perfect efficiency. “In the past the man has been first,” he declared; “in the future the system must be first.”
Plus de cent ans après l'invention de la machine à vapeur, la révolution industrielle avait finalement trouvé sa philosophie et son philosophe. La chorégraphie industrielle stricte de Taylor, son "système" comme il aimait l'appeler, fut adoptée par les fabricants dans tout le pays et, avec le temps, dans le monde entier. À la recherche de la vitesse, de l'efficacité et de la rentabilité maximales, les propriétaires d'usine utilisèrent les études sur le temps et le mouvement pour organiser leur production et configurer le travail de leurs ouvriers. Le but, comme Taylor le définissait dans son célèbre traité de 1911, "La direction des ateliers" (le titre original "The principles of scientific management" pourrait être traduit en français par "Les principes de l'organisation scientifique"), était d'identifier et d'adopter, pour chaque poste, la "meilleure méthode" de travail et ainsi réaliser "le substitution graduelle de la science à la méthode empirique dans les arts mécaniques". Une fois que le système serait appliqué à tous les actes du travail manuel, garantissait Taylor à ses émules, cela amènerait un remodelage, non seulement de l'industrie, mais également de la société, créant une efficacité parfaite utopique. "Dans le passé, l'homme était la priorité", déclare-t-il, "dans le futur, la priorité, ce sera le système".
--Penguin 18 novembre 2008 à 23:03 (CET): Je ne sais pas si la dernière phrase est bien traduite, je n'ai pas compris ce qu'il entendait par 'be first'. Si quelqu'un a une meilleure traduction.
--Olivier 6 décembre 2008 à 15:51 (CET): J'ai remplacé par "priorité"
--DRI 7 décembre 2008 à 10:02 (CET): Bien joué

Paragraphe 24

Taylor’s system is still very much with us; it remains the ethic of industrial manufacturing. And now, thanks to the growing power that computer engineers and software coders wield over our intellectual lives, Taylor’s ethic is beginning to govern the realm of the mind as well. The Internet is a machine designed for the efficient and automated collection, transmission, and manipulation of information, and its legions of programmers are intent on finding the “one best method”—the perfect algorithm—to carry out every mental movement of what we’ve come to describe as “knowledge work.”
Le système de Taylor, le taylorisme, est encore bien vivant ; il demeure l'éthique de la production industrielle. Et désormais, grâce au pouvoir grandissant que les ingénieurs informaticiens et les programmeurs de logiciel exercent sur nos vies intellectuelles, l'éthique de Taylor commence également à gouverner le royaume de l'esprit. Internet est une machine conçue pour la collecte automatique et efficace, la transmission et la manipulation des informations, et des légions de programmeurs veulent trouver "LA meilleure méthode", l'algorithme parfait, pour exécuter chaque geste mental de ce que nous pourrions décrire comme "le travail de la connaissance".

Paragraphe 25

Google’s headquarters, in Mountain View, California—the Googleplex—is the Internet’s high church, and the religion practiced inside its walls is Taylorism. Google, says its chief executive, Eric Schmidt, is “a company that’s founded around the science of measurement,” and it is striving to “systematize everything” it does. Drawing on the terabytes of behavioral data it collects through its search engine and other sites, it carries out thousands of experiments a day, according to the Harvard Business Review, and it uses the results to refine the algorithms that increasingly control how people find information and extract meaning from it. What Taylor did for the work of the hand, Google is doing for the work of the mind.
Le siège de Google, à Mountain View, en Californie – le Googleplex – est la Haute Église d'Internet, et la religion pratiquée en ses murs est le taylorisme. Google, selon son directeur-général Eric Schmidt, est "une entreprise fondée autour de la science de la mesure" et il s'efforce de "tout systématiser" dans son fonctionnement. En s'appuyant sur les téra-octets de données comportementales qu'il collecte à travers son moteur de recherche et ses autres sites, il réalise des milliers d'expériences chaque jour, selon le Harvard Business Review, et il utilise les résultats pour peaufiner les algorithmes qui contrôlent de plus en plus la façon dont les gens trouvent l'information et en extraient le sens. Ce que Taylor a fait pour le travail manuel, Google le fait pour le travail de l'esprit.
--DRI 7 décembre 2008 à 10:13 (CET): Headquarters, ça peut-être le quartier général, mais pour une entreprise on dit plutôt le siège.

Paragraphe 26

The company has declared that its mission is “to organize the world’s information and make it universally accessible and useful.” It seeks to develop “the perfect search engine,” which it defines as something that “understands exactly what you mean and gives you back exactly what you want.” In Google’s view, information is a kind of commodity, a utilitarian resource that can be mined and processed with industrial efficiency. The more pieces of information we can “access” and the faster we can extract their gist, the more productive we become as thinkers.
Google a déclaré que sa mission était d'"organiser les informations du monde et de les rendre universellement accessibles et utiles". Cette société essaie de développer "le moteur de recherche parfait", qu'elle définit comme un outil qui "comprendrait exactement ce que vous voulez dire et vous donnerait en retour exactement ce que vous désirez". Selon la vision de Google, l'information est un produit comme un autre, une ressource utilitaire qui peut être exploitée et traitée avec une efficacité industrielle. Plus le nombre de morceaux d'information auxquels nous pouvons "accéder" est important, plus rapidement nous pouvons en extraire l'essence, et plus nous sommes productifs en tant que penseurs.

Paragraphe 27

Where does it end? Sergey Brin and Larry Page, the gifted young men who founded Google while pursuing doctoral degrees in computer science at Stanford, speak frequently of their desire to turn their search engine into an artificial intelligence, a HAL-like machine that might be connected directly to our brains. “The ultimate search engine is something as smart as people—or smarter,” Page said in a speech a few years back. “For us, working on search is a way to work on artificial intelligence.” In a 2004 interview with Newsweek, Brin said, “Certainly if you had all the world’s information directly attached to your brain, or an artificial brain that was smarter than your brain, you’d be better off.” Last year, Page told a convention of scientists that Google is “really trying to build artificial intelligence and to do it on a large scale.”
Où cela s'arrêtera-t-il ? Sergey Brin et Larry Page, les brillants jeunes gens qui ont fondé Google pendant leur doctorat en informatique à Stanford, parlent fréquemment de leur désir de transformer leur moteur de recherche en une intelligence artificielle, une machine comme HAL, qui pourrait être connectée directement à nos cerveaux. "Le moteur de recherche ultime est quelque chose d'aussi intelligent que les êtres humains, voire davantage", a déclaré Page lors d'une conférence il y a quelques années. "Pour nous, travailler sur les recherches est un moyen de travailler sur l'intelligence artificielle." Dans un entretien de 2004 pour Newsweek, Brin affirmait : "Il est certain que si vous aviez toutes les informations du monde directement fixées à votre cerveau ou une intelligence artificielle qui serait plus intelligente que votre cerveau, vous vous en porteriez mieux." L'année dernière, Page a dit lors d'une convention de scientifiques que Google "essayait vraiment de construire une intelligence artificielle et de le faire à grande échelle."

Paragraphe 28

Such an ambition is a natural one, even an admirable one, for a pair of math whizzes with vast quantities of cash at their disposal and a small army of computer scientists in their employ. A fundamentally scientific enterprise, Google is motivated by a desire to use technology, in Eric Schmidt’s words, “to solve problems that have never been solved before,” and artificial intelligence is the hardest problem out there. Why wouldn’t Brin and Page want to be the ones to crack it?
Une telle ambition est naturelle, et même admirable, pour deux mathématiciens prodiges disposant d'immenses moyens financiers et d'une petite armée d'informaticiens sous leurs ordres. Google est une entreprise fondamentalement scientifique, motivée par le désir d'utiliser la technologie, comme l'exprime Eric Schmidt, "pour résoudre les problèmes qui n'ont jamais été résolus auparavant", et le frein principal à la réussite d'une telle entreprise reste l'intelligence artificielle. Pourquoi Brin et Page ne voudraient-ils pas être ceux qui vont parvenir à surmonter cette difficulté ?

Paragraphe 29

Still, their easy assumption that we’d all “be better off” if our brains were supplemented, or even replaced, by an artificial intelligence is unsettling. It suggests a belief that intelligence is the output of a mechanical process, a series of discrete steps that can be isolated, measured, and optimized. In Google’s world, the world we enter when we go online, there’s little place for the fuzziness of contemplation. Ambiguity is not an opening for insight but a bug to be fixed. The human brain is just an outdated computer that needs a faster processor and a bigger hard drive.
Pourtant, leur hypothèse simpliste voulant que nous nous "porterions mieux" si nos cerveaux étaient assistés ou même remplacés par une intelligence artificielle, est inquiétante. Cela suggère que d'après eux l'intelligence résulte d'un processus mécanique, d'une suite d'étapes discrètes qui peuvent être isolés, mesurés et optimisés. Dans le monde de Google, le monde dans lequel nous entrons lorsque nous allons en ligne, il y a peu de place pour le flou de la réflexion. L'ambiguïté n'est pas un préliminaire à la réflexion mais un bogue à corriger. Le cerveau humain n'est qu'un ordinateur dépassé qui a besoin d'un processeur plus rapide et d'un plus gros disque dur.

Paragraphe 30

The idea that our minds should operate as high-speed data-processing machines is not only built into the workings of the Internet, it is the network’s reigning business model as well. The faster we surf across the Web—the more links we click and pages we view—the more opportunities Google and other companies gain to collect information about us and to feed us advertisements. Most of the proprietors of the commercial Internet have a financial stake in collecting the crumbs of data we leave behind as we flit from link to link—the more crumbs, the better. The last thing these companies want is to encourage leisurely reading or slow, concentrated thought. It’s in their economic interest to drive us to distraction.
L'idée que nos esprits doivent fonctionner comme des machines traitant des données à haute vitesse n'est pas seulement inscrite dans les rouages d'Internet, c'est également le business-model qui domine le réseau. Plus vous surfez rapidement sur le Web, plus vous cliquez sur des liens et visitez de pages, plus Google et les autres compagnies ont d'occasions de recueillir des informations sur vous et de vous nourrir avec de la publicité. La plupart des propriétaires de sites commerciaux ont un enjeu financier à collecter les miettes de données que nous laissons derrière nous lorsque nous voletons de lien en lien : plus y a de miettes, mieux c'est. Une lecture tranquille ou une réflexion lente et concentrée sont bien les dernières choses que ces compagnies désirent. C'est dans leur intérêt commercial de nous distraire.

Paragraphe 31

Maybe I’m just a worrywart. Just as there’s a tendency to glorify technological progress, there’s a countertendency to expect the worst of every new tool or machine. In Plato’s Phaedrus, Socrates bemoaned the development of writing. He feared that, as people came to rely on the written word as a substitute for the knowledge they used to carry inside their heads, they would, in the words of one of the dialogue’s characters, “cease to exercise their memory and become forgetful.” And because they would be able to “receive a quantity of information without proper instruction,” they would “be thought very knowledgeable when they are for the most part quite ignorant.” They would be “filled with the conceit of wisdom instead of real wisdom.” Socrates wasn’t wrong—the new technology did often have the effects he feared—but he was shortsighted. He couldn’t foresee the many ways that writing and reading would serve to spread information, spur fresh ideas, and expand human knowledge (if not wisdom).
Peut-être ne suis-je qu'un angoissé. Tout comme il y a une tendance à glorifier le progrès technologique, il existe la tendance inverse, celle de craindre le pire avec tout nouvel outil ou toute nouvelle machine. Dans le Phèdre de Platon, Socrate déplore le développement de l'écriture. Il avait peur que, comme les gens se reposaient de plus en plus sur les mots écrits comme un substitut à la connaissance qu'ils transportaient d'habitude dans leur tête, ils allaient, selon un des intervenants d'un dialogue, "arrêter de faire travailler leur mémoire et devenir oublieux." Et puisqu'ils seraient capables de "recevoir une grande quantité d'informations sans instruction appropriée", ils risquaient de "croire posséder une grande connaissance, alors qu'ils seraient en fait largement ignorants". Ils seraient "remplis de l'orgueil de la sagesse au lieu de la sagesse réelle". Socrate n'avait pas tort, les nouvelles technologies ont souvent les effets qu'il redoutait, mais il manquait de vision à long terme. Il ne pouvait pas prévoir les nombreux moyens que l'écriture et la lecture allaient fournir pour diffuser l'information, impulsant des idées fraîches et élargissant la connaissance humaine (voire la sagesse).
--DRI 7 décembre 2008 à 16:20 (CET): voire même est un pléonasme

Paragraphe 32

The arrival of Gutenberg’s printing press, in the 15th century, set off another round of teeth gnashing. The Italian humanist Hieronimo Squarciafico worried that the easy availability of books would lead to intellectual laziness, making men “less studious” and weakening their minds. Others argued that cheaply printed books and broadsheets would undermine religious authority, demean the work of scholars and scribes, and spread sedition and debauchery. As New York University professor Clay Shirky notes, “Most of the arguments made against the printing press were correct, even prescient.” But, again, the doomsayers were unable to imagine the myriad blessings that the printed word would deliver.
L'arrivée de l'imprimerie de Gutenberg, au XVème siècle, déclencha une autre série de grincements de dents. L'humaniste italien Hieronimo Squarciafico s'inquiétait que la facilité à obtenir des livres conduise à la paresse intellectuelle, rende les hommes "moins studieux" et affaiblisse leur esprit. D'autres avançaient que des livres et journaux imprimés à moindre coût allaient saper l'autorité religieuse, rabaisser le travail des érudits et des scribes, et propager la sédition et la débauche. Comme le professeur de l'université de New York, Clay Shirky, le remarque, "la plupart des arguments contre l'imprimerie était corrects et même visionnaires." Mais, encore une fois, les prophètes de l'apocalypse ne pouvaient imaginer la myriade de bienfaits que le texte imprimé allait amener.

Paragraphe 33

So, yes, you should be skeptical of my skepticism. Perhaps those who dismiss critics of the Internet as Luddites or nostalgists will be proved correct, and from our hyperactive, data-stoked minds will spring a golden age of intellectual discovery and universal wisdom. Then again, the Net isn’t the alphabet, and although it may replace the printing press, it produces something altogether different. The kind of deep reading that a sequence of printed pages promotes is valuable not just for the knowledge we acquire from the author’s words but for the intellectual vibrations those words set off within our own minds. In the quiet spaces opened up by the sustained, undistracted reading of a book, or by any other act of contemplation, for that matter, we make our own associations, draw our own inferences and analogies, foster our own ideas. Deep reading, as Maryanne Wolf argues, is indistinguishable from deep thinking.
Alors certes, vous pouvez vous montrer sceptique vis-à-vis de mon scepticisme. Ceux qui considèrent les détracteurs d'Internet comme des béotiens technophobes ou passéistes auront peut-être raison, et peut-être que de nos esprits hyperactifs, gavés de données surgira un âge d'or de la découverte intellectuelle et de la sagesse universelle. Là encore, le Net n'est pas l'alphabet, et même s'il remplacera peut-être l'imprimerie, il produira quelque chose de complètement différent. Le type de lecture profonde qu'une suite de pages imprimées stimule est précieux, non seulement pour la connaissance que nous obtenons des mots de l'auteur, mais aussi pour les vibrations intellectuelles que ces mots déclenchent dans nos esprits. Dans les espaces de calme ouverts par la lecture soutenue et sans distraction d'un livre – ou d'ailleurs par n'importe quel autre acte de contemplation –, nous faisons nos propres associations, construisons nos propres inférences et analogies, nourrissons nos propres idées. La lecture profonde, comme le défend Maryanne Wolf, est indissociable de la pensée profonde.

Paragraphe 34

If we lose those quiet spaces, or fill them up with “content,” we will sacrifice something important not only in our selves but in our culture. In a recent essay, the playwright Richard Foreman eloquently described what’s at stake:
Si nous perdons ces endroits calmes ou si nous les remplissons avec du "contenu", nous allons sacrifier quelque chose d'important non seulement pour nous même, mais également pour notre culture. Dans un essai récent, l'auteur dramatique Richard Foreman décrit de façon éloquente ce qui est en jeu:

Paragraphe 35

I come from a tradition of Western culture, in which the ideal (my ideal) was the complex, dense and “cathedral-like” structure of the highly educated and articulate personality—a man or woman who carried inside themselves a personally constructed and unique version of the entire heritage of the West. [But now] I see within us all (myself included) the replacement of complex inner density with a new kind of self—evolving under the pressure of information overload and the technology of the “instantly available.”
Je suis issu d'une tradition culturelle occidentale, pour laquelle l'idéal (mon idéal) était la structure complexe, dense et "bâtie telle une cathédrale" de la personnalité hautement éduquée et logique, un homme ou une femme qui transporte en soi-même une version unique et construite personnellement de l'héritage tout entier de l'occident. [Mais maintenant] je vois en nous tous (y compris en moi-même) le remplacement de cette densité interne complexe par une nouvelle sorte d'auto-évolution sous la pression de la surcharge d'information et la technologie de l'"instantanément disponible".

Paragraphe 36

As we are drained of our “inner repertory of dense cultural inheritance,” Foreman concluded, we risk turning into “‘pancake people’—spread wide and thin as we connect with that vast network of information accessed by the mere touch of a button.”
À mesure que nous nous vidons de notre "répertoire intérieur issu de notre héritage culturel dense", conclut Foreman, nous risquons de nous transformer en "crêpe humaine', étalée comme un pâte large et fine à mesure que nous nous connectons à ce vaste réseau d'information accessible en pressant simplement sur une touche."

Paragraphe 37

I’m haunted by that scene in 2001. What makes it so poignant, and so weird, is the computer’s emotional response to the disassembly of its mind: its despair as one circuit after another goes dark, its childlike pleading with the astronaut—“I can feel it. I can feel it. I’m afraid”—and its final reversion to what can only be called a state of innocence. HAL’s outpouring of feeling contrasts with the emotionlessness that characterizes the human figures in the film, who go about their business with an almost robotic efficiency. Their thoughts and actions feel scripted, as if they’re following the steps of an algorithm. In the world of 2001, people have become so machinelike that the most human character turns out to be a machine. That’s the essence of Kubrick’s dark prophecy: as we come to rely on computers to mediate our understanding of the world, it is our own intelligence that flattens into artificial intelligence.
Cette scène de 2001 me hante. Ce qui la rend si poignante, et si bizarre, c'est la réponse pleine d'émotion de l'ordinateur lors du démontage de son esprit : son désespoir à mesure que ses circuits s'éteignent les uns après les autres, sa supplication enfantine face à l'astronaute, "Je le sens, je le sens. J'ai peur.", ainsi que sa transformation et son retour final à ce que nous pourrions appeler un état d'innocence. L'épanchement des sentiments de HAL contraste avec l'absence d'émotion qui caractérise les personnages humains dans le film, lesquels s'occupent de leur boulot avec une efficacité robotique. Leurs pensées et leurs actions semblent scénarisées, comme s'ils suivaient les étapes d'un algorithme. Dans le monde de 2001, les hommes sont devenus si semblables aux machines que le personnage le plus humain se trouve être une machine. C'est l'essence de la sombre prophétie de Kubrick : à mesure que nous nous servons des ordinateurs comme intermédiaires de notre compréhension du monde, c'est notre propre intelligence qui devient semblable à l'intelligence artificielle.