Maneki Neko, nouvelle de Bruce Sterling
De Framalang Wiki.
Je copie ici un échange de courrier avec Bruce Sterling qui nous autorise à traduire bien que la version anglaise soit piratée.
On 30/giu/10, at 17:40, Jean-Bernard Marcon wrote:
> Hello :) > > I would like to know what is the current legal status of your short story Maneki Neko > > I have found an online version here http://tqft.net/wiki/Maneki_Neko and I would like to translate it into French. > I am not a professional translator but not so amateur, since I am a regular contributor on various open source translation projects > on BabelZilla and framalang, as well as frenchmozilla. > I would be very glad if there were no legal objection and if you could give your personal agreement for the French translation and its public release (?). > I have a disposable draft in progress here http://pad.framasoft.fr/ManekiNekoByBruceSterling > > Please let me know what your conditions are so I can go on or not. > > Have a nice day > > - Jean-Bernard Marcon
- Well, that story got pirated, but hey, if any story of mine got pirated, it would be that one.
- You can translate it, I won't prosecute you. Maybe someone else would. Hard to say, really. Doesn't seem real likely.
Bruce Sterling
à traduire sur le framapad ici :
https://framapad.org/maneki-neko
| Pseudo | Code | Rôle | Statut |
|---|---|---|---|
| Goofy | Traduction | terminée | |
| Pandark | Relecture | en cours | |
| Padoup-Padoup | Relecture | Terminée | |
| Validation | |||
| Mise en forme |
MANEKI NEKO by BRUCE STERLING
- pour comprendre le titre
http://fr.wikipedia.org/wiki/Maneki_neko
"I can't go on," his brother said.
Tsuyoshi Shimizu looked thoughtfully into the screen of his pasokon. His older brother's face was shiny with sweat from a late-night drinking bout. "It's only a career," said Tsuyoshi, sitting up on his futon and adjusting his pajamas. "You worry too much."
« J'en peux plus, » dit son frère.
Tsuyoshi Shimizu regarda pensivement l'écran de son ordi. Le visage de son frère aîné était luisant de sueur, car la beuverie s'était prolongée tard dans la nuit. « C'est juste un job, fit Tsuyoshi, en s'asseyant sur son futon et en réajustant son pyjama. T'inquiète pas trop ».
"All that overtime!" his brother whined. He was making the call
from a bar somewhere in Shibuya. In the background, a middle-aged office lady was singing karaoke, badly. "And the examination hells. The manager training programs. The proficiency tests. I never have time to live!"
« Ça n'arrête pas ! » gémit son frère. Il appelait depuis un bar quelque part à Shibuya. En fond sonore, une employée de bureau d'âge mûr s'essayait au karaoke, un vrai massacre. « Et l'enfer des évaluations. Les programmes de formation de manager. Les tests de compétence. Je n'ai jamais le temps de vivre ! »
Tsuyoshi grunted sympathetically. He didn't like these late-night videophone calls, but he felt obliged to listen. His big brother had always been a decent sort, before he had gone through the elite courses at Waseda University, joined a big corporation, and gotten professionally ambitious.
Tsuyoshi compatit d'un grognement. Il n'aimait pas du tout ce genre d'appels tardifs en visio, mais se sentait obligé d'écouter. Son grand frère avait toujours été bon avec lui, avant qu'il ne se lance dans les études de haut vol à l'université Washeda, puis intègre une grande société, et finisse par devenir ambitieux professionnellement.
"My back hurts," his brother groused. "I have an ulcer. My hair is going gray. And I know they'll fire me. No matter how loyal you are to the big companies, they have no loyalty to their employees anymore. It's no wonder that I drink."
« J'ai mal au dos, se plaignit son frère. J'ai un ulcère. Mes cheveux deviennent gris. Et je sais qu'ils vont me virer. Peu importe ta loyauté envers les grandes entreprises, elles n'en ont plus aucune pour leurs employés désormais. Pas étonnant que je boive. »
"You should get married," Tsuyoshi offered.
"I can't find the right girl. Women never understand me." He shuddered. "Tsuyoshi, I'm truly desperate. The market pressures are crushing me. I can't breathe. My life has got to change. I'm thinking of taking the vows. I'm serious! I want to renounce this whole modern world."
« - Tu devrais te marier, suggéra Tsuyoshi. - Je ne trouve pas la fille idéale. Les femmes ne me comprennent jamais. Il frissonna. Tsuyoshi, je suis vraiment désespéré. Le stress du business m'étouffe complètement. Je ne peux plus respirer. Ma vie doit changer. Je pense à prononcer mes vœux. Je suis sérieux ! Je veux quitter tout ce monde moderne ».
Tsuyoshi was alarmed. "You're very drunk, right?"
His brother leaned closer to the screen. "Life in a monastery sounds truly good to me. It's so quiet there. You recite the sutras. You consider your existence. There are rules to follow, and rewards that make sense. It's just the way that Japanese business used to be, back in
the good old days."
« T'es complètement saoul, c'est ça ? » s'alarma Tsuyoshi. Son frère se rapprocha de l'écran. « La vie dans un monastère me semble très bien pour moi. C'est tellement calme là-bas. Tu récites des soutras. Tu médites sur ton existence. Il y a des règles à suivre, et des gratifications raisonnables. C'est exactement comme ça que ça se passait dans les entreprises japonaises, au bon vieux temps ».
Tsuyoshi grunted skeptically.
"Last week I went out to a special place in the mountains... Mount Aso," his brother confided. "The monks there, they know about people in trouble, people who are burned out by modern life. The monks protect you from the world. No computers, no phones, no faxes, no e-mail, no
overtime, no commuting, nothing at all. It's beautiful, and it's peaceful, and nothing ever happens there. Really, it's like paradise."
Tsuyoshi poussa un grognement sceptique. « La semaine dernière je suis allé dans un endroit très spécial, au cœur des montagnes… au Mont Aso, lui confia son frère. Les moines, là-bas, ils savent y faire avec les personnes en difficulté, avec ceux qui sont épuisés par la vie moderne. Les moines te protègent du monde. Ni ordinateurs, ni téléphones, ni fax, ni mail, ni heures supp, ni circulation, ni rien du tout. On se croirait vraiment au paradis ».
"Listen, older brother," Tsuyoshi said, "you're not a religious man by nature. You're a section chief for a big import-export company."
« - Écoute, grand frère, fit Tsuyoshi, tu n'as pas de vocation religieuse. Tu es chef de service dans une grande boîte d'import-export ».
"Well... maybe religion won't work for me. I did think of running away to America. Nothing much ever happens there, either."
- Ben… la religion ça marchera peut-être pas pour moi. J'ai pensé à m'enfuir en Amérique. Il ne se passe pas grand-chose là bas non plus. »
Tsuyoshi smiled. "That sounds much better! America is a good vacation spot. A long vacation is just what you need! Besides, the Americans are real friendly since they gave up their handguns."
Tsuyoshi sourit. « Ça a l'air beaucoup mieux ! L'Amérique c'est un bon plan pour les vacances. Des vacances prolongées, voilà exactement ce dont tu as besoin ! D'ailleurs les Américains sont très amicaux depuis qu'ils ont laissé tomber leurs flingues ».
"But I can't go through with it," his brother wailed. "I just don't dare. I can't just wander away from everything that I know, and trust to the kindness of strangers."
"That always works for me," Tsuyoshi said. "Maybe you should try it."
Tsuyoshi's wife stirred uneasily on the futon. Tsuyoshi lowered his voice. "Sorry, but I have to hang up now. Call me before you do anything rash."
"Don't tell Dad," Tsuyoshi's brother said. "He worries so."
"I won't tell Dad." Tsuyoshi cut the connection and the screen went dark.
« - Mais je ne peux pas m'en tirer comme ça, pleurnicha son frère. Je n'ose même pas. Je ne peux pas partir en tournant le dos à tout ce que je connais, et me fier à la bonté d'étrangers. - Ça marche toujours pour moi, répondit Tsuyoshi, tu devrais peut-être essayer. » La femme de Tsuyoshi s'agitait nerveusement sur le futon. Tsuyoshi continua à mi-voix. « Désolé, mais il faut que je raccroche maintenant. Appelle-moi avant de faire une bêtise ». - Ne dis rien à papa, lui demanda son frère, il se fait tellement de soucis. - Je ne lui dirai rien ». Tsuyoshi se déconnecta et l'écran redevint noir.
Tsuyoshi's wife rolled over, heavily. She was seven months
pregnant. She stared at the ceiling puffing for breath. "Was that another call from your brother?" she said.
"Yeah. The company just gave him another promotion. More
responsibilities. He's celebrating."
"That sounds nice," his wife said tactfully.
Sa femme se retourna lourdement. Elle était enceinte de sept mois. Elle fixait le plafond en cherchant sa respiration. «- C'était encore un appel de ton frère ? demanda-t-elle - Ouais, son entreprise vient de lui donner une autre promotion. Encore plus de responsabilités. Il fête ça. - C'est super, commenta sa femme avec tact.»
Next morning, Tsuyoshi slept late. He was self-employed, so he kept
his own hours. Tsuyoshi was a video format upgrader by trade. He transferred old videos from obsolete formats into the new high-grade storage media. Doing this properly took a craftsman's eye. Word of Tsuyoshi's skills had gotten out on the network, so he had as much work as he could handle.
Le lendemain matin, Tsuyoshi fit la grasse matinée. Il travaillait à son compte, et décidait donc ses horaires. Tsuyoshi était un professionnel de la mise à niveau de format vidéos. Il transférait des vieilles vidéos de format obsolète vers des nouveaux formats de médias haute qualité. Faire cela correctement nécessitait un œil d'artisan. Sa réputation avait vite fait le tour du réseau, si bien qu'il avait du travail à ne plus savoir qu'en faire.
At ten A.M., the mailman arrived. Tsuyoshi abandoned his breakfast
of raw egg and miso soup, and signed for a shipment of flaking, twentieth-century analog television tapes. The mail also brought a fresh overnight shipment of strawberries, and a homemade jar of pickles.
À dix heures du matin, le facteur passa. Tsuyoshi interrompit son petit déjeuner, constitué [d'œuf dur|d'un œuf cru] et d'une soupe miso, et réceptionna une livraison de vidéocassettes analogiques toutes rayées remontant au vingtième siècle. Dans les colis se trouvaient également des fraises fraîches envoyées par express et un bocal de cornichons faits maison.
"Pickles!" his wife enthused. "People are so nice to you when
you're pregnant."
"Any idea who sent us that,"
"Just someone on the network."
"Great."
« - Des cornichons ! se réjouit sa femme. Les gens sont tellement gentils quand on est enceinte. - Une idée de qui nous a envoyé ça ? - Bah quelqu'un du réseau, c'est tout. - Génial ».
Tsuyoshi booted his mediator, cleaned his superconducting heads and
examined the old tapes. Home videos from the 1980s. Someone's grandmother as a child, presumably. There had been a lot of flaking and loss of polarity in the old recording medium.
Tsuyoshi lança son logiciel multimédia, nettoya les têtes de lecture supraconductrices et examina les vieilles bandes. Des vidéos amateur des années 1980. La grand-mère de quelqu'un lorsqu'elle était enfant, vraisemblablement. Il y avait un tas de rayures et de sérieuses démagnétisations sur le vieux support d'enregistrement.
Tsuyoshi got to work with his desktop fractal detail generator, the
image stabilizer, and the interlace algorithms. When he was done, Tsuyoshi's new digital copies would look much sharper, cleaner, and better composed than the original primitive videotape.
Tsuyoshi se mit au travail avec son générateur de fractales, le stabilisateur d'images et les algorithmes d'entrelacement. Losqu'il aurait fini, sa nouvelle version numérique serait bien plus nette, propre et d'un rendu bien meilleur que la bande vidéo originale.
Tsuyoshi enjoyed his work. Quite often he came across bits and
pieces of videotape that were of archival interest. He would pass the images on to the net. The really big network databases, with their armies of search engines, indexers, and catalogues, had some very arcane interests. The net machines would never pay for data, because the global information networks were noncommercial. But the net machines were very polite, and had excellent net etiquette. They returned a favor for a favor, and since they were machines with excellent, enormous memories, they never forgot a good deed.
Tsuyoshi aimait ce travail. Il tombait assez souvent sur des bouts de vidéo qui méritaient d'être archivés. Il transmettait alors les images sur le net. Les énormes bases de données du réseau, avec leurs légions de moteurs de recherche, d'indexeurs et de catalogues, avaient des intérêts très mystérieux. Les machines de la Toile ne paieraient jamais pour des données car les réseaux d'information mondiaux étaient non marchands. Cependant, les machines étaient très civilisées et avaient une excellente nétiquette. Elles renvoyaient scrupuleusement l'ascenseur, et comme elles disposaient de mémoires énormes et fiables, elles n'oubliaient jamais une bonne action.
Tsuyoshi and his wife had a lunch of ramen with naruto, and she
left to go shopping. A shipment arrived by overseas package service. Cute baby clothes from Darwin, Australia. They were in his wife's favorite color, sunshine yellow.
Tsuyoshi et sa femme déjeunèrent d'un bol de ramen en regardant Naruto, puis elle s'en alla faire des courses. Un colis arriva via un service de livraison transcontinental. De mignons vêtements pour bébés venue de Darwin en Australie. Ils étaient de la couleur préférée de sa femme, jaune d'or.
ramen : https://secure.wikimedia.org/wikipedia/fr/wiki/R%C4%81men Naruto : https://secure.wikimedia.org/wikipedia/fr/wiki/Naruto
Tsuyoshi finished transferring the first tape to a new crystal
disk. Time for a break. He left his apartment, took the elevator and went out to the comer coffeeshop. He ordered a double iced mocha cappuccino and paid with a chargecard.
Tsuyoshi acheva le transfert de la première bande sur un nouveau disque de cristal. C'était l'heure de faire une pause. Il quitta l'appartement, prit l'ascenseur et fila au café du coin[ de la rue]. Il commanda un double cappuccino-moka frappé qu'il paya avec sa carte de crédit.
His pokkecon rang. Tsuyoshi took it from his belt and answered it.
"Get one to go," the machine told him.
"Okay," said Tsuyoshi, and hung up. He bought a second coffee, put
a lid on it and left the shop.
Son pokkecon sonna. Tsuyoshi le décrocha de sa ceinture et répondit.
« Prends-en un à emporter », lui demanda l'appareil.
« D'accord » fit Tsuyoshi en raccrochant. Il acheta un deuxième café, lui mit un couvercle et quitta la boutique.
A man in a business suit was sitting on a park bench near the
entrance of Tsuyoshi's building. The man's suit was good, but it looked as if he'd slept in it. He was holding his head in his hands and rocking gently back and forth. He was unshaven and his eyes were red-rimmed.
Un homme en costume de ville était assis sur un banc du parc près de l'entrée de l'immeuble de Tsuyoshi. Son costume était de bonne qualité, mais on aurait dit qu'il avait dormi avec. Il se tenait la tête dans les mains et se balançait doucement d'avant en arrière. Il n'était pas rasé et avait les yeux rouges.
The pokkecon rang again. "The coffee's for him?" Tsuyoshi said.
"Yes," said the pokkecon. "He needs it."
Tsuyoshi walked up to the lost businessman. The man looked up,
flinching warily, as if he were about to be kicked. "What is it?" he said.
Le pokkecon bippa à nouveau. « C'est pour lui le café ? » demanda Tuyoshi. « Oui, répondit le pokkecon, il en a besoin ». Tsuyoshi s'approcha de l'homme d'affaires. Celui-ci leva la tête, d'un air méfiant, comme s'il avait peur d'être battu. « Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-il.
"Here," Tsuyoshi said, handing him the cup. "Double iced mocha
cappuccino."
The man opened the cup, and smelled it. He looked up in disbelief.
"This is my favorite kind of coffee... Who are you?"
« Tenez, dit Tsuyoshi en lui tendant le gobelet, un double cappuccino-moka frappé ». L'homme enleva le couvercle, et sentit l'odeur. Incrédule, il leva les yeux : « mais c'est mon café préféré… Qui êtes-vous ? »
Tsuyoshi lifted his arm and offered a hand signal, his fingers
clenched like a cat's paw. The man showed no recognition of the gesture. Tsuyoshi shrugged, and smiled. "It doesn't matter. Sometimes a man really needs a coffee. Now you have a coffee. That's all."
Tsuyoshi leva le bras et lui fit un signe de la main, les doigts serrés comme une patte de chat. L'homme n'eut aucune réaction visible à ce signal. Tsuyoshi haussa les épaules et sourit. « - Peu importe. parfois quelqu'un a vraiment besoin d'un café. Et maintenant vous l'avez. C'est tout.
"Well..." The man cautiously sipped his cup, and suddenly smiled.
"It's really great. Thanks!"
"You're welcome." Tsuyoshi went home.
- Eh bien… L'homme savoura prudemment une première gorgée, et soudain, il sourit. C'est vraiment génial. Merci beaucoup ! - Pas de quoi. Tsuyoshi rentra chez lui. »
His wife arrived from shopping. She had bought new shoes. The
pregnancy was making her feet swell. She sat carefully on the couch and sighed.
Sa femme revint des courses. Elle avait acheté de nouvelles chaussures. Sa grossesse lui faisait enfler les pieds. Elle s'assit avec précaution sur le lit et soupira.
"Orthopedic shoes are expensive," she said, looking at the yellow
pumps. "I hope you don't think they look ugly."
"On you, they look really cute," Tsuyoshi said wisely. He had first
met his wife at a video store. She had just used her credit card to buy a disk of primitive black-and-white American anime of the 1950s. The pokkecon had urged him to go up and speak to her on the subject of Felix the Cat. Felix was an early television cartoon star and one of Tsuyoshi's personal favorites.
« Les chaussures othopédiques coûtent cher, dit-elle en regardant les souliers jaunes. J'espère que tu ne les trouve pas trop affreuses ». « À tes pieds, elles sont vraiment mignonnes », répondit sagement Tsuyoshi. Il avait rencontré sa femme [pour la première fois] dans une boutique de vidéo. Elle venait d'acheter un disque de dessins animés américains en noir et blanc des années 50 avec sa carte de crédit. Le pokkecon l'avait poussé à aller lui parler de Félix le Chat. Félix était une des premières vedettes de dessins animés à la télévision, et l'un des personnages favoris de Tsuyoshi.
Tsuyoshi would have been too shy to approach an attractive woman on
his own, but no one was a stranger to the net. This fact gave him the confidence to speak to her. Tsuyoshi had soon discovered that the girl was delighted to discuss her deep fondness for cute, antique, animated cats. They'd had lunch together. They'd had a date the next week. They had spent Christmas Eve together in a love hotel. They had a lot in common. Tsuyoshi aurait été trop timide pour aborder de lui-même une femme séduisante, mais personne n'était inconnu du réseau. Cela lui donna la confiance nécessaire pour lui adresser la parole. Tsuyoshi découvrit rapidement que la jeune femme était ravie de parler de son adoration pour les chats mignons, anciens et animés. Ils déjeunèrent ensemble. La semaine suivante, ils eurent un rendez-vous. Ils passèrent le réveillon de Noël ensemble dans un love hôtel. Ils avaient beaucoup en commun.
She had come into his life through a little act of grace, a little
gift from Felix the Cat's magic bag of tricks. Tsuyoshi had never gotten over feeling grateful for this. Now that he was married and becoming a father, Tsuyoshi Shimizu could feel himself becoming solidly fixed in life. He had a man's role to play now. He knew who he was, and he knew where he stood. Life was good to him.
Elle était entrée dans sa vie par un acte de grâce/magique, un petit cadeau tiré du sac à malices de Félix le Chat. Tsuyoshi n'avait jamais cessé de lui être reconnaissant pour cela. Maintenant qu'il était marié et bientôt père, Tsuyoshi Shimizu pouvait se sentir solidement ancré dans sa vie. Il devait jouer son rôle d'homme, maintenant. Il savait qui il était et où il en était. Il avait une belle vie.
"You need a haircut, dear," his wife told him.
"Sure."
His wife pulled a gift box out of her shopping bag. "Can you go to
the Hotel Daruma, and get your hair cut, and deliver this box for me?"
"What is it?" Tsuyoshi said.
« - Tu as besoin d'aller chez le coiffeur, chéri, lui dit sa femme.
- Tu as raison».
Sa femme sortit un coffret de son sac de courses. « Peux-tu aller à l'hôtel Daruma, pour te faire couper les cheveux, et livrer ce cadeau pour moi ? » « Qu'est-ce que c'est ? » demanda Tsuyoshi
Tsuyoshi's wife opened the little wooden gift box. A maneki neko
was nestled inside white foam padding. The smiling ceramic cat held one paw upraised, beckoning for good fortune.
Sa femme ouvrir la petit coffret en bois. Un maneki neko y était niché dans un rembourrage en mousse blanche. Le chat en céramique levait une patte en souriant, attirant ainsi la bonne fortune.
"Don't you have enough of those yet?" he said. "You even have
maneki neko underwear."
"It's not for my collection. It's a gift for someone at the Hotel
Daruma."
"Oh."
"Some foreign woman gave me this box at the shoestore. She looked
American. She couldn't speak Japanese. She had really nice shoes, though..."
«- Tu n'en as pas déjà assez ? demanda-t-il. Tu as même des sous-vêtements de chat porte-bonheur . - Ce n'est pas pour ma collection. C'est un cadeau pour quelqu'un à l'hôtel Daruma. - Ah. - Une étrangère m'a donné ce coffret au magasin de chaussures. Elle avait l'air d'une Américaine et ne parlait pas le japonais. Elle avait pourtant des chaussures vraiment superbes…
"If the network gave you that little cat, then you're the one who
should take care of that obligation, dear."
"But dear," she sighed, "my feet hurt so much, and you could do
with a haircut anyway, and I have to cook supper, and besides, it's not really a nice maneki neko, it's just cheap tourist souvenir junk. Can't you do it?"
- Si le réseau t'as confié ce petit chat, alors c'est à toi de te charger de cette tâche, ma chérie. - Mais mon trésor, soupira-t-elle, j'ai tellement mal aux pieds, et tu as vraiment besoin de te faire couper les cheveux de toutes façons, sans parler du dîner que je dois préparer ; d'ailleurs, ce n'est pas vraiment un joli chat porte-bonheur, c'est juste de la camelote bon marché pour les touristes. Tu ne peux pas faire ça pour moi ?
"Oh, all right," Tsuyoshi told her. "Just forward your pokkecon
prompts onto my machine, and I'll see what I can do for us."
She smiled. "I knew you would do it. You're really so good to me."
- Bon, d'accord, répondit Tuyoshi. Transfère juste les [messages|injonctions] de ton pokkecon vers le mien, je verrai ce que peux faire pour nous.
Elle sourit.
- Je m'en doutais. tu es tellement gentil avec moi ».
Tsuyoshi left with the little box. He wasn't unhappy to do the
errand, as it wasn't always easy to manage his pregnant wife's volatile moods in their small six-tatami apartment. The local neighborhood was good, but he was hoping to find bigger accommodations before the child was born. Maybe a place with a little studio, where he could expand the scope of his work. It was very hard to find decent housing in Tokyo, but word was out on the net. Friends he didn't even know were working every day to help him. If he kept up with the net's obligations, he had every confidence that some day something nice would turn up.
Tsuyoshi partit avec le coffret. Ça ne le dérangeait pas de faire cette course, car il n'était pas toujours facile de gérer les sautes d'humeur de sa femme enceinte dans leur minuscule appartement [dont la surface ne dépassait pas] de six tatamis. Ils étaient dans un quartier sympa, mais il espérait trouver un peu plus grand avant la naissance du bébé. Peut-être avec un petit bureau où il pourrait se faire un espace de travail. Il était très difficile de trouver un logement décent à Tokyo, mais il avait passé le mot sur le réseau. Des amis qu'il ne connaissait même pas s'activaient chaque jour pour l'aider. S'il se conformait à ses devoirs envers le réseau, il pouvait être sûr qu'un jour ou l'autre un événement heureux se produirait pour lui.
Tsuyoshi went into the local pachinko parlor, where he won half a
liter of beer and a train chargecard. He drank the beer, took the new train card and wedged himself into the train. He got out at the Ebisu station, and turned on his pokkecon Tokyo street map to guide his steps. He walked past places called Chocolate Soup, and Freshness Physique, and The Aladdin Mai-Tai Panico Trattoria.
Tsuyoshi fit un tour à la salle de pachinko du quartier, où il gagna un demi-litre de bière et une carte de train prépayée. Il but la bière, empocha sa nouvelle carte et se trouva une place dans le train. Il sortit à la station Ebisu et afficha la carte de Tokyo sur son pokkecon pour s'orienter. Il longea les boutiques Soupe au Chocolat, Tous en Forme et Trattoria Aladin Mai-Tai Panico. http://fr.wikipedia.org/wiki/Pachinko (Machine à sous)
He entered the Hotel Daruma and went to the hotel barber shop,
which was called the Daruma Planet Look. "May I help you?" said the receptionist.
"I'm thinking, a shave and a trim," Tsuyoshi said.
"Do you have an appointment with us?"
"Sorry, no." Tsuyoshi offered a hand gesture.
Il entra dans l'Hôtel Daruma et se dirigea vers le salon de coiffure, qui s'appelait the Daruma Planet Look.
« - Puis-je vous aider ? lui demanda la réceptionniste.
- Je voudrais une coupe et un rasage, répondit Tsuyoshi.
- Vous avez rendez-vous chez nous ?
- Non, désolé, dit Tsuyoshi en faisant un signe de la main. »
The woman gestured back, a jerky series of cryptic finger
movements. Tsuyoshi didn't recognize any of the gestures. She wasn't from his part of the network.
En réponse, la jeune femme agita ses doigts dans une série de gestes saccadés et obscurs. Tsuyoshi ne reconnut aucun de ces signes de reconnaissance. Elle n'était pas dans le même coin du réseau que lui.
"Oh well, never mind," the receptionist said kindly. "I'll get
Nahoko to look after you."
Nahoko was carefully shaving the fine hair from Tsuyoshi's forehead
when the pokkecon rang. Tsuyoshi answered it.
"Go to the ladies' room on the fourth floor," the pokkecon told
him.
"Sorry, I can't do that. This is Tsuyoshi Shimizu, not Ai Shimizu.
Besides, I'm having my hair cut right now."
"Oh, I see," said the machine. "Recalibrating." It hung up.
« Bon, ce n'est pas grave, dit la réceptionniste d'un ton aimable. Je vais dire à Nahoko de s'occuper de vous. »
Nahoko était occupée à raser avec soin quelques cheveux fins sur le front de Tsushoyi quand son pokkecon bippa. Il répondit.
« - Allez dans les toilettes des dames au quatrième étage, lui dit le pokkecon.
- Désolé, je ne peux pas faire ça. Ici c'est Tsuyoshi Shimizu, et non Ai Shimizu. D'ailleurs, je me fais couper les cheveux en ce moment précis.
- Oh, je vois, répondit la machine. Calcul des nouveaux paramètres. La machine raccrocha. »
Nahoko finished his hair. She had done a good job. He looked much
better. A man who worked at home had to take special trouble to keep up appearances. The pokkecon rang again.
Nahoko termina sa coupe. Elle avait fait du bon travail et il avait bien meilleure allure. Un homme qui travaillait chez lui devait particulierement se donner du mal pour rester présentable. La sonnerie du pokkecon retentit à nouveau.
"Yes?" said Tsuyoshi.
"Buy bay rum aftershave. Take it outside."
"Right." He hung up. "Nahoko, do you have bay rum?"
"Odd you should ask that," said Nahoko. "Hardly anyone asks for bay
rum anymore, but our shop happens to keep it in stock."
« - Oui ? dit Tsuyoshi. - Achetez de l'après-rasage aux épices Bay-Rum. Portez-le à l'extérieur de l'hôtel. - Bien. Il raccrocha. Nahoko, avez-vous de l'après rasage Bay-Rum ? - C'est drôle que vous demandiez ça, répondit Nahoko. Il n'y a presque plus personne qui demande du Bay-Rum, mais il se trouve que notre boutique en a gardé en stock. »
Tsuyoshi bought the aftershave, then stepped outside the
barbershop. Nothing happened, so he bought a manga comic and waited. Finally a hairy, blond stranger in shorts, a tropical shirt, and sandals approached him. The foreigner was carrying a camera bag and an old- fashioned pokkecon. He looked about sixty years old, and he was very tall.
Tsuyoshi paya l'après-rasage, puis sortit du salon de coiffure. Comme rien ne se passait, il acheta un manga et attendit. Finalement, un étranger à la toison blonde, en chemise hawaïenne, short et sandales, s'approcha de lui. L'étranger portait un appareil photo en bandoulière et un pokkecon démodé. Il pouvait avoir une soixantaine d'années et il était très grand.
The man spoke to his pokkecon in English. "Excuse me," said the
pokkecon, translating the man's speech into Japanese. "Do you have a bottle of bay rum aftershave?"
L'homme parla en anglais à son pokkecon. « - Excusez-moi, dit l'appareil, traduisant en japonais les propos de l'homme, auriez-vous une bouteille d'après-rasage Bay-Rum ?
"Yes I do." Tsuyoshi handed the bottle over. "Here."
"Thank goodness!" said the man, his words relayed through his
machine. "I've asked everyone else in the lobby. Sorry I was late."
"No problem," said Tsuyoshi. "That's a nice pokkecon you have
there."
- Oui, répondit Tsuyoshi en lui tendant la bouteille, tenez. - Dieu merci ! dit l'homme, dont les paroles étaient relayées par la machine, j'ai demandé à tout le monde dans le hall. Désolé d'être en retard. - Pas de problème. Vous avez là un chouette pokkecon.
"Well," the man said, "I know it's old and out of style. But I plan
to buy a new pokkecon here in Tokyo. I'm told that they sell pokkecons by the basketful in Akihabara electronics market."
"That's right. What kind of translator program are you running?
Your translator talks like someone from Osaka."
"Does it sound funny?" the tourist asked anxiously.
"Well, I don't want to complain, but..." Tsuyoshi smiled. "Here,
let's trade meishi. I can give you a copy of a brand-new freeware translator."
- Eh bien, fit l'homme, je sais qu'il est vieux et démodé, mais j'ai l'intention d'en acheter un nouveau à Tokyo. On m'a dit qu'ils vendent des pokkecons à la pelle sur le marché au numérique d'Akihabara. - C'est exact. Quel logiciel de traduction utilisez-vous ? Ce traducteur parle comme les gens d'Osaka. - Est-ce que ça fait bizarre ? demanda le touriste avec inquiétude. - Eh bien, je n'aime pas pinailler mais… continua Tsuyoshi dans un sourire. Bon, échangeons nos cartes de visite. Je peux vous avoir un exemplaire d'un logiciel gratuit de traduction tout récent.
"That would be wonderful." They, pressed buttons and squirted
copies of their business cards across the network link.
- Ça serait génial. » Ils pressèrent plusieurs boutons et s'envoyèrent des copies de leur carte professionnelle par le réseau.
Tsuyoshi examined his copy of the man's electronic card and saw
that his name was Zimmerman. Mr. Zimmerman was from New Zealand. Tsuyoshi activated a transfer program. His modern pokkecon began transferring a new translator onto Zimmerman's machine.
Tsuyoshi examina son exemplaire de la carte de visite électronique de l'homme et vit qu'il s'appelait Zimmerman. M. Zimmerman venait de Nouvelle-Zélande. Tsuyoshi activa un programme de transfert. Son pokkecon dernier cri se mit à télécharger un nouveau traducteur vers l'appareil de Zimmerman.
A large American man in a padded suit entered the lobby of the
Daruma. The man wore sunglasses, and was sweating visibly in the summer heat. The American looked huge, as if he lifted a lot of weights. Then a Japanese woman followed him. The woman was sharply dressed, with a dark blue dress suit, hat, sunglasses, and an attache case. She had a haunted look.
Un gros Américain en costume rembourré entra dans le hall du Daruma. Derrière ses lunettes de soleil, il transpirait à grosses gouttes dans la chaleur estivale. L'Américain paraissait colossal, comme s'il soulevait des kilos d'haltères. Puis une Japonaise apparut sur ses pas. Elle était habillée de façon stricte, en tailleur bleu, portait un chapeau, des lunettes et un attaché case. Elle avait l'air tourmentée.
Her escort turned and carefully watched the bellhops, who were
bringing in a series of bags. The woman walked crisply to the reception desk and began making anxious demands of the clerk.
Son garde du corps se retourna et regarda les grooms avec attention, qui transportaient tout une série de bagages. La femme se dirigea d'une démarche rapide vers le bureau de la réception et accabla l'employé d'exigences inquiètes.
"I'm a great believer in machine translation," Tsuyoshi said to the
tall man from New Zealand. "I really believe that computers help human beings to relate in a much more human way."
« - Je suis un vrai fan de traduction automatique, dit Tsuyoshi au grand type de Nouvelle-Zélande. Je crois vraiment que les ordinateurs aident les humains à [se comporter entre eux|communiquer] de façon bien plus humaine.
"I couldn't agree with you more," said Mr. Zimmerman, through his
machine. "I can remember the first time I came to your country, many years ago. I had no portable translator. In fact, I had nothing but a printed phrasebook. I happened to go into a bar, and..."
- Je ne saurais mieux dire, répondit M. Zimmerman à travers son appareil. Je me souviens de la première fois où je suis venu dans votre pays, il y a pas mal d'années. Je n'avais pas de traducteur portable. En fait, je n'avais rien d'autre qu'un petit guide de conversation imprimé [sur du papier]. Et alors quand je suis entré dans un bar, et…
Zimmerman stopped and gazed alertly at his pokkecon. "Oh dear, I'm
getting a screen prompt. I have to go up to my room right away."
"Then I'll come along with you till this software transfer is
done," Tsuyoshi said.
Zimmerman s'interrompit et regarda vivement son pokkecon. Oh mon cher, une alerte s'affiche sur mon écran. Il faut que je remonte tout de suite dans ma chambre. - Dans ce cas je viens avec vous jusqu'à ce que le logiciel ait fini son transfert, dit Tsuyohi.
"That's very kind of you." They got into the elevator together.
Zimmerman punched for the fourth floor. "Anyway, as I was saying, I went into this bar in Roppongi late at night, because I was jetlagged and hoping for something to eat..."
- C'est très aimable à vous. » Ils entrèrent ensemble dans l'ascenseur. Zimmerman pressa le bouton du quatrième étage. « - Je disais donc que je suis entré dans un bar de Roppongi tard dans la nuit, à cause du décalage horaire, et je cherchais quelque chose à manger… »
"Yes ?"
"And this woman... well, let's just say this woman was hanging out
in a foreigner's bar in Roppongi late at night, and she wasn't wearing a whole lot of clothes, and she didn't look like she was any better than she ought to be..."
- Et ? - Eh bien cette femme… euh disons simplement que cette femme traînait dans un bar pour étrangers à Roppongi tard dans la nuit, n'avait pas grand-chose sur le dos, et ne paraissait pas mieux que ce qu'elle était réellement...
"Yes, I think I understand you."
"Anyway, this menu they gave me was full of kanji, or katakana, or
romanji, or whatever they call those, so I had my phrasebook out, and I was trying very hard to puzzle out these pesky ideograms..." The elevator opened and they stepped into the carpeted hall of the hotel's fourth floor. "So I opened the menu and I pointed to an entree, and I told this girl..." Zimmerman stopped suddenly, and stared at his screen. "Oh dear, something's happening. Just a moment."
- Oui, je crois comprendre. - En tout cas, je me suis trouvé devant un menu plein de kanji, ou katakana, ou romanji, ou je ne sais quoi, alors j'ai sorti mon guide de conversation, et j'ai essayé vaille que vaille de recoller les morceaux de tous ces idéogrammes agaçants… » L'ascenseur ouvrit ses portes et ils foulèrent la moquette du quatrième étage de l'hôtel. « Alors j'ai ouvert le menu et j'ai désigné du doigt une entrée, et puis j'ai dit à cette fille… Zimmerman s'interrompit soudain et scruta son écran. « Oh bon dieu, il se passe quelque chose. Un instant je vous prie. »
Zimmerman carefully studied the instructions on his pokkecon. Then
he pulled the bottle of bay rum from the baggy pocket of his shorts, and unscrewed the cap. He stood on tiptoe, stretching to his full height, and carefully poured the contents of the bottle through the iron louvers of a ventilation grate, set high in the top of the wall.
Zimmerman étudia attentivement les instructions sur son pokkecon. Il sortit son Bay Rum d'une large poche de son short et dévissa le bouchon de la bouteille. Il se mit sur la pointe des pieds, s'étira de toute sa hauteur, et répandit avec soin le contenu de la bouteille à travers une grille de ventilation haut perchée en haut du mur.
Zimmerman screwed the cap back on neatly, and slipped the empty
bottle back in his pocket. Then he examined his pokkecon again. He frowned, and shook it. The screen had frozen. Apparently Tsuyoshi's new translation program had overloaded Zimmerman's old-fashioned operating system. His pokkecon had crashed.
Il revissa le bouchon et glissa la bouteille vide dans sa poche. Puis il scruta à nouveau son pokkecon, fronça les sourcils, secoua l'appareil. L'écran était gelé. Apparemment le nouveau logiciel de traduction de Tsuyoshi était bien trop lourd pour le vieux système d'exploitation. Son pokkecon avait planté.
Zimmerman spoke a few defeated sentences in English. Then he
smiled, and spread his hands apologetically. He bowed, and went into his room, and shut the door.
Zimmerman émit quelques jurons de déception en anglais. Puis il sourit et leva les paumes en signe d'excuse. Il s'inclina, entra dans sa chambre et ferma la porte.
The Japanese woman and her burly American escort entered the hall.
The man gave Tsuyoshi a hard stare. The woman opened the door with a passcard. Her hands were shaking.
La Japonaise et son colossal garde du corps américain entrèrent dans le couloir. L'homme jeta un regard froid sur Tsuyoshi. La femme ouvrit sa porte avec une carte magnétique. Ses mains tremblaient.
Tsuyoshi's pokkecon rang. "Leave the hall," it told him. "Go
downstairs. Get into the elevator with the bellboy."
Tsuyoshi followed instructions.
Le pokkecon de Tsuyoshi bippa. « Quittez le couloir et descendez. Prenez l'ascenseur avec le groom ».
Tsuyoshi suivit les instructions.
The bellboy was just entering the elevator with a cart full of the
woman's baggage. Tsuyoshi got into the elevator, stepping carefully behind the wheeled metal cart. "What floor, sir?" said the bellboy.
Le garçon d'hôtel venait juste d'entrer dans l'ascenseur avec un charriot chargé des bagages de la Japonaise. Tsuyoshi y rentra à son tour, prenant place avec précautions derrière le chariot de métal. « - Quel étage pour monsieur ? demanda le garçon.
"Eight," Tsuyoshi said, ad-libbing. The bellboy turned and pushed
the buttons. He faced forward attentively, his gloved hands folded.
- Huitième, improvisa Tsuyoshi. » Le groom se retourna et appuya sur les boutons. Il regarda droit devant lui, joignant ses mains gantées.
The pokkecon flashed a silent line of text to the screen. "Put the
gift box inside her flight bag," it read.
Tsuyoshi located the zippered blue bag at the back of the cart. It
was a matter of instants to zip it open, put in the box with the maneki neko, and zip the bag shut again. The bellboy noticed nothing. He left, tugging his cart.
Une ligne de texte s'afficha en un éclair sur l'écran du pokkecon. « Mettez le cadeau dans son sac de voyage », put-il lire. Tsuyoshi localisa le sac bleu à l'arrière du chariot. Ce fut l'affaire d'un instant de faire glisser la fermeture éclair, d'y mettre la boîte du maneki neko et de refermer le sac. Le groom n'avait rien remarqué. Il partit en tirant son chariot.
Tsuyoshi got out on the eighth floor, feeling slightly foolish. He
wandered down the hall, found a quiet nook by an ice machine and called his wife. "What's going on?" he said.
Tsuyoshi sortit au huitième étage, il se sentait un peu idiot. Il alla jusqu'au bout du hall, se trouva un coin tranquille près d'une machine à glace et appela sa femme - Que se passe-t-il ? demanda-t-il.
"Oh, nothing." She smiled. "Your haircut looks nice! Show me the
back of your head."
Tsuyoshi held the pokkecon screen behind the nape of his neck.
"They do good work," his wife said with satisfaction. "I hope it
didn't cost too much. Are you coming home now?"
"Things are getting a little odd here at the hotel," Tsuyoshi told
her. "I may be some time."
- Oh rien. Elle sourit. Ta coupe est très réussie ! Tourne un peu la tête que je voie... » Tsuyohi tint l'écran du pokkecon derrière sa nuque. « - C'est du travail soigné, dit sa femme avec satisfaction. J'espère que ce n'était pas trop cher. Tu rentres maintenant ? - Il se passe de drôles de choses ici à l'hôtel, lui répondit Tsuyoshi. Je risque de m'attarder. »
His wife frowned. "Well, don't miss supper. We're having bonito."
Tsuyoshi took the elevator back down. It stopped at the fourth
floor. The woman's American companion stepped onto the elevator. His nose was running and his eyes were streaming with tears.
"Are you all right?" Tsuyoshi said.
"I don't understand Japanese," the man growled. The elevator doors
shut.
Sa femme fronça les osurcils. « Bon, mais ne rate pas le dîner, il y aura du thon. » Tsuyoshi redescendit par l'ascenseur. Au quatrième, le garde du corps américain de la femme entra. Il reniflait et des larmes lui coulaient des yeux. « - Ça va ? lui demanda Tsuyoshi. - Je ne comprends pas le japonais, grogna l'homme. Les portes de l'asenseur se refermèrent. »
The man's cellular phone crackled into life. It emitted a scream of
anguish and a burst of agitated female English. The man swore and slammed his hairy fist against the elevator's emergency button. The elevator stopped with a lurch. An alarm bell began ringing.
Le téléphone portable de l'homme se réveilla en couinant. Les cris d'une voix féminine surexcitée et anxieuse en sortaient en anglais. L'homme poussa un juron et écrasa brutalement son poing velu sur le bouton d'arrêt d'urgence de l'ascenseur. Celui-ci s'arrêta en tanguant et une alarme retentit.
The man pried the doors open with his large hairy fingers and
clambered out into the fourth floor. He then ran headlong down the hall.
The elevator began buzzing in protest, its doors shuddering as if
broken. Tsuyoshi climbed hastily from the damaged elevator, and stood there in the hallway. He hesitated a moment. Then he produced his pokkecon and loaded his Japanese-to-English translator. He walked cautiously after the American man.
L'homme, écarta les portes avec ses gros doigts poilus et grimpa au quatrième étage. Il fonça ensuite à travers le couloir. L'ascenseur se mit à vibrer en signe de protestation, ses portes tremblaient comme si elles allaient se briser. Tsuyoshi s'extirpa vivement de l'ascenseur endommagé et se retrouva sur le palier. Il hésita un instant. Puis il sortit son pokkecon et chargea le traducteur japonais-anglais. Il partit prudemment sur les traces de l'Américain.
The door to their suite was open. Tsuyoshi spoke aloud into his
pokkecon. "Hello?" he said experimentally. "May I be of help?"
The woman was sitting on the bed. She had just discovered the
maneki neko box in her flight bag. She was staring at the little cat in horror.
La porte de leur suite était ouverte. Tsuyoshi parla à voix haute haut dans son pokkecon « Bonjour ? dit-il à tout hasard, puis-je vous aider ? » La femme, assise sur le lit, venait juste de découvrir le maneki neko dans son sac de voyage. Elle regardait fixement le petit chat d'un air horrifié.
"Who are you?" she said, in bad Japanese.
Tsuyoshi realized suddenly that she was a Japanese American.
Tsuyoshi had met a few Japanese Americans before. They always troubled him. They looked fairly normal from the outside, but their behavior was always bizarre. "I'm just a passing friend," he said. "Something I can do?"
« Qui êtes-vous ? demanda-t-elle en mauvais japonais. » Tsuyoshi se rendit compte tout à coup qu'elle était nippo-américaine. Tsuyoshi avait déjà rencontré des Japonais américains auparavant. Ils l'avaient toujours troublé. Ils avaient l'air tout à fait normaux de l'extérieur, mais leur comportement était toujours étrange. « - Je ne suis qu'un ami de passage, dit-il. Je peux faire quelque chose pour vous ?
"Grab him, Mitch!" said the woman in English. The American man
rushed into the hall and grabbed Tsuyoshi by the arm. His hands were like steel bands.
Tsuyoshi pressed the distress button on his pokkecon.
"Take that computer away from him," the woman ordered in English.
Mitch quickly took Tsuyoshi's pokkecon away, and threw it on the bed. He deftly patted Tsuyoshi's clothing, searching for weapons. Then he shoved Tsuyoshi into a chair.
- Attrape-le, Mitch ! lui ordona la femme en anglais. » L'Américain fonça dans le couloir et ceintura les bras de Tsuyoshi. il avait une poigne d'acier. Tsuyoshi appuya sur le bouton de détresse de son pokkecon. « [Ne le laisse pas s'approcher de son ordi,|Éloigne-le de son ordinateur] » ordonna la femme en anglais. Mitch lui arracha son pokkecon et le jeta sur le lit. Il fouilla rapidement Tsuyoshi pour s'assurer qu'il ne portait pas d'arme, puis il le poussa sur une chaise.
The woman switched back to Japanese. "Sit right there, you. Don't
you dare move." She began examining the contents of Tsuyoshi's wallet.
"I beg your pardon?" Tsuyoshi said. His pokkecon was lying on the
bed. Lines of red text scrolled up its little screen as it silently issued a series of emergency net alerts.
La femme continua en japonais. « Toi tu restes assis. Tu n'essaie surtout pas de bouger. » Elle se mit à inspecter le contenu de la mallette de Tsuyoshi. « Je vous demande pardon ? » dit Tsuyoshi. Son pokkecon était sur le lit. Des lignes de texte rouge défilaient silencieusement sur son écran tandis que des alertes d'urgence fusaient sur le réseau.
The woman spoke to her companion in English. Tsuyoshi's pokkecon
was still translating faithfully. "Mitch, go call the local police."
Mitch sneezed uncontrollably. Tsuyoshi noticed that the room
smelled strongly of bay rum. "I can't talk to the local cops. I can't speak Japanese." Mitch sneezed again.
La femme parla en anglais à son compagnon. Le pokkecon de Tsuyoshi traduisait encore fidèlement « Mitch, va appeller la police. » Mitch éternua sans pouvoir se retenir. Tsuyoshi remarqua la forte odeur de Bay Rum qui empestait la pièce. « Je ne peux pas parler aux policiers locaux, je ne parle pas japonais. » Il éternua de nouveau.
"Okay, then I'll call the cops. You handcuff this guy. Then go down
to the infirmary and get yourself some antihistamines, for Christ's sake."
Mitch pulled a length of plastic whipcord cuff from his coat
pocket, and attached Tsuyoshi's right wrist to the head of the bed. He mopped his streaming eyes with a tissue. "I'd better stay with you. If there's a cat in your luggage, then the criminal network already knows we're in Japan. You're in danger."
« D'accord, alors c'est moi qui appelle les flics. Et toi menottes ce type. Ensuite, va te chercher des antihistaminiques à l'infirmerie, bon dieu. » Mitch extirpa une longueur de corde à tresser en plastique d'une poche de sa veste, et attacha le poignet droit de Tsuyoshi à la tête du lit. Il épongea ses yeux larmoyants avec un mouchoir en papier. « - Il vaudrait mieux que je reste avec vous. S'il y a un chat dans vos bagages, alors tout le réseau des criminels sait déjà que nous sommes au Japon. Vous êtes en danger.
"Mitch, you may be my bodyguard, but you're breaking out in hives."
"This just isn't supposed to happen," Mitch complained, scratching
his neck. "My allergies never interfered with my job before."
"Just leave me here and lock the door," the woman told him. "I'll
put a chair against the knob. I'll be all right. You need to look after yourself."
Mitch left the room.
- Mitch, tu a beau être mon garde du corps, tu es en train de faire une crise d'urticaire. - Ça ne devrait pas se passer comme ça, se plaignit Mitch en se grattant le cou. Mes allergies n'ont jamais parasité mon boulot jusqu'à présent. - Laisse-moi seule et ferme la porte, lui ordonna la femme. Je vais appuyer une chaise contre la poignée. Tout ira bien. Il faut que tu fasses attention à toi. » Mitch quitta la pièce.
The woman barricaded the door with a chair. Then she called the
front desk on the hotel's bedside pasokon. "This is Louise Hashimoto in room 434. I have a gangster in my room. He's an information criminal. Would you call the Tokyo police, please? Tell them to send the organized crime unit. Yes, that's right. Do it. And you should put your hotel security people on full alert. There may be big trouble here. You'd better hurry." She hung up.
La femme bloqua la porte avec une chaise, puis appela la réception de l'hôtel sur l'ordi au chevet du lit. « Ici Louise Hashimoto, chambre 434. Il y a un gangster dans ma chambre. C'est un infocriminel. Vous pouvez appeler la police de Tokyo, s'il vous plaît ? Dites-leur d'envoyer l'unité de lutte contre le crime organisé. Oui, c'est ça. Faites-le. Et vous devriez mettre la sécurité de l'hôtel en alerte rouge. Il pourrait y avoir du grabuge ici. Vous avez intérêt à faire vite. » Elle raccrocha.
Tsuyoshi stared at her in astonishment. "Why are you doing this?
What's all this about?"
"So you call yourself Tsuyoshi Shimizu," said the woman, examining
his credit cards. She sat on the foot of the bed and stared at him. "You're yakuza of some kind, right?"
"I think you've made a big mistake," Tsuyoshi said.
Tsuyoshi la regarda stupéfait « - Pourquoi faites-vous ça ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? - Ainsi donc vous vous appelez Tsuyoshi Shimizu, dit la femme, en scrutant ses cartes de crédit. Elle était assise au pied du lit et le regardait. Vous êtes une sorte de yakusa, c'est ça ? - Je crois que vous faites une grossière erreur, » répondit Tsuyoshi.
Louise scowled. "Look, Mr. Shimizu, you're not dealing with some
Yankee tourist here. My name is Louise Hashimoto and I'm an assistant federal prosecutor from Providence, Rhode Island, USA." She showed him a magnetic ID card with a gold official seal.
Louise se renfrogna. « - Écoutez, M. Shimizu, vous n'avez pas affaire à une touriste yankee quelconque. Je m'appelle Louise Hashimoto et je suis l'assistante du procureur fédéral de Providence, Rhode Island, USA. » Elle lui montra une carte magnétique parée du tampon officiel couleur or.
"It's nice to meet someone from the American government," said
Tsuyoshi, bowing a bit in his chair. "I'd shake your hand, but it's tied to the bed."
"You can stop with the innocent act right now. I spotted you out in
the hall earlier, and in the lobby, too, casing the hotel. How did you know my bodyguard is violently allergic to bay rum? You must have read his medical records."
- C'est un plaisir de rencontrer quelqu'un du gouverement américain, dit Tsuyoshi, s'inclinant légèrement sur sa chaise. J'aimerais vous serrer la main, mais les miennes sont attachées au lit. - Vous pouvez arrêter tout de suite de jouer les innocents, je vous ai repéré dès que vous êtes arrivé dans le hall, et dans le salon aussi, furetant dans l'hôtel. Comment saviez-vous que mon garde du corps était complètement allergique au Bay Rum ? Vous avez dû lire son dossier médical.
"Who, me? Never!"
"Ever since I discovered you network people, it's been one big
pattern," said Louise. "It's the biggest criminal conspiracy I ever saw. I busted this software pirate in Providence. He had a massive network server and a whole bunch of AI freeware search engines. We took him in custody, we bagged all his search engines, and catalogs, and indexers... Later that very same day, these cats start showing up."
- Qui, moi ? Jamais de la vie ! - Depuis que je vous ai découvert, vous les gens du réseau, tout s'est enchaîné, dit Louise. C'est la plus grosse organisation criminelle que j'ai jamais vue. J'ai épinglé un pirate de logiciels à Providence. Il disposait d'un réseau de serveurs pirates massif, et d'une ribambelle de moteurs de recherche par intelligence artificielle. On a mis sous scellé toutes les bases de données, les indexeurs, les catalogues… Un peu plus tard, ce même jour, ces chats ont commencé à apparaître.
"Cats ?"
Louise lifted the maneki neko, handling it as if it were a live
eel. "These little Japanese voodoo cats. Maneki neko, right? They started showing up everywhere I went. There's a china cat in my handbag. There's three china cats at the office. Suddenly they're on display in the windows of every antique store in Providence. My car radio starts making meowing noises at me."
- Des chats ? » Louise prit le maneki neko et l'agita devant son nez comme s'il s'agissait d'une anguille. « - Ces petits chats fétiches japonais. Des maneki neko, c'est ça ? Ils se sont mis à apparaître partout où j'allais. Il y a un chat en porcelaine dans mon sac à main. Il y a trois chats en porcelaine au bureau. Brusquement ils sont en vitrine de tous les antiquaires de Providence. Mon autoradio commence même à me miauler aux oreilles.
"You broke part of the network?" Tsuyoshi said, scandalized. "You
took someone's machines away? That's terrible! How could you do such an inhuman thing?"
- Vous avez démantelé une partie du réseau ? s'exclama Tsuyoshi scandalisé. Vous avez confisqué ses machines à quelqu'un ? C'est horrible ! Comment avez-vous pu faire une chose aussi inhumaine ?
"You've got a real nerve complaining about that. What about my
machinery?" Louise held up her fat, eerie-looking American pokkecon. "As soon as I stepped off the airplane at Narita, my PDA was attacked. Thousands and thousands of e-mail messages. All of them pictures of cats. A denial-of-service attack! I can't even communicate with the home office! My PDA's useless!"
- Vous ne manquez pas de culot de vous plaindre de ça. Et mes appareils à moi, alors ? Louise brandit son gros pokkekon américain au look bizarre. Dès que je suis descendue de l'avion à Narita, on a attaqué mon PDA. Des mllliers et des milliers d'e-mails. Tous avec des photos de chat. Une attaque par déni de service ! Je ne peux même plus communiquer avec mon bureau. Mon PDA est inutilisable !
"What's a PDA?"
"It's a PDA, my Personal Digital Assistant! Manufactured in Silicon
Valley!"
"Well, with a goofy name like that, no wonder our pokkecons won't
talk to it."
- Qu'est-ce qu'un PDA ? - C'est un PDA, un Assistant Digital Personnel, fabriqué dans la Silicon Valley ! - Eh bien avec un nom aussi ridicule, pas étonnant que nos pokkecons ne communiquent pas avec eux ! »
Louise frowned grimly. "That's right, wise guy. Make jokes about
it. You're involved in a malicious software attack on a legal officer of the United States Government. You'll see." She paused, looking him over. "You know, Shimizu, you don't look much like the Italian mafia gangsters I have to deal with, back in Providence."
Louise lui lança un regard noir. « Très bien, petit futé. Plaisante avec ça. Tu es impliqué dans une attaque par logiciel malveillant sur la personne d'un représentant légal du gouvernement des États-Unis. Tu vas bien voir. » Elle s'interrompit pour l'observer. « - Tu sais, Shimizu, tu ne ressembles pas tellement aux maffiosi italiens auxquels j'ai affaire à Providence.
"I'm not a gangster at all. I never do anyone any harm."
"Oh no?" Louise glowered at him. "Listen, pal, I know a lot more
about your set-up, and your kind of people, than you think I do. I've been studying your outfit for a long time now. We computer cops have names for your kind of people. Digital panarchies. Segmented, polycephalous, integrated influence networks. What about all these free goods and services you're getting all this time?"
- Je ne suis pas du tout un gangster. Je ne fait jamais de mal personne. - Ah non ? Louise lui lança un regard noir. Écoute, mon gars, j'en sais bien plus que tu ne le crois sur ton organisation et le genre de personnes que tu es. Ça fait maintenant un sacré bout de temps que j'étudie votre bande. Nous, les cyberflics, nous avons des noms pour les gens de ton espèce. Cyber-panarchistes. Des réseaux d'influence intégrés, polycéphales, segmentés. Si on parlait un peu de tous ces biens et de tous ces services gratuits que l'on te fournit en permanence ? »
She pointed a finger at him. "Ha! Do you ever pay taxes on those? Do you ever declare that income and those benefits? All the free shipments from other countries! The little homemade cookies, and the free pens and pencils and bumper stickers, and the used bicycles, and the helpful news about fire sales... You're a tax evader! You're living through kickbacks! And bribes! And influence peddling! And all kinds of corrupt off-the-books transactions?
Elle pointa sur lui un doigt accusateur. « Eh ! Est-ce que tu as déjà payé un impôt là-dessus ? Est-ce que tu as jamais déclaré ces revenus et ces bénéfices ? Tous ces envois gratuits venus des autres pays ! Les petits gâteaux maison, les stylos et les autocollants gratuits, les vélos d'occasion, et les informations bien pratiques sur des ventes à prix cassés… Tu es un évadé fiscal ! Tu vis de revenus illégaux ! De la corruption ! Et de trafic d'influence ! Et toutes sortes de transactions sous le manteau !
Tsuyoshi blinked. "Look, I don't know anything about all that. I'm
just living my life."
"Well, your network gift economy is undermining the lawful,
government approved, regulated economy!"
"Well," Tsuyoshi said gently, "maybe my economy is better than your
economy."
"Says who?" she scoffed. "Why would anyone think that,"
"It's better because we're happier than you are. What's wrong with
acts of kindness? Everyone likes gifts. Midsummer gifts. New Years Day gifts. Year-end presents. Wedding presents. Everybody likes those."
"Not the way you Japanese like them. You're totally crazy for
gifts."
"What kind of society has no gifts? It's barbaric to have no regard
for common human feelings."
Tsuyoshi ouvrait de grands yeux. « - Écoutez, je ne vois pas de quoi vous parlez. Je ne fais que vivre ma vie. - Eh bien, votre économie du don en réseau sape les fondements de l'économie encadrée, légale et approuvée par le gouvernement. - Eh bien, dit gentiment Tsuyoshi, c'est peut-être que mon économie est meilleure que la vôtre. - D'après qui ? glapit-elle. Qui oserait penser une chose pareille ? - Elle est meilleure parce que nous sommes plus heureux que vous. Quy a-t-il de mal à agir par gentillesse ? Tout le monde aime les cadeaux. Les cadeaux d'anniversaire. Les cadeaux de fin d'année et ceux du Nouvel An. Les cadeaux de mariage. Tout le monde les aime. - Pas au point où vous les Japonais vous les aimez. Vous êtes complètement dingues de cadeaux. - Quel genre de société ne connaît pas le don ? C'est barbare de n'avoir aucune considération pour les sentiments humains les plus partagés. »
Louise bristled. "You're saying I'm barbaric?"
"I don't mean to complain," Tsuyoshi said politely, "but you do
have me tied up to your bed."
Louise crossed her arms. "You might as well stop complaining.
You'll be in much worse trouble when the local police arrive."
"Then we'll probably be waiting here for quite a while," Tsuyoshi
said. "The police move rather slowly, here in Japan. I'm sorry, but we don't have as much crime as you Americans, so our police are not very alert."
The pasokon rang at the side of the bed. Louise answered it. It was
Tsuyoshi's wife.
"Could I speak to Tsuyoshi Shimizu please?"
"I'm over here, dear," Tsuyoshi called quickly. "She's kidnapped
me! She tied me to the bed!"
"Tied to her bed?" His wife's eyes grew wide. "That does it! I'm
calling the police!"
Louise quickly hung up the pasokon. "I haven't kidnapped you! I'm
only detaining you here until the local authorities can come and arrest you."
"Arrest me for what, exactly?"
Louise se hérissa.
« - Vous me traitez de barbare ? - Ce n'est pas pour me plaindre, dit Tsuyoshi poliment, mais vous, vous m'avez attaché à votre lit. » Elle croisa les bras « - Vous feriez mieux d'arrêter de pleurnicher. Vous aurez des ennuis bien plus sérieux quand la police va arriver. - Oh dans ce cas nous allons sûrement attendre un bon moment ici, dit Tsuyoshi. La police n'est pas très rapide pour intervenir, ici au Japon. Désolé, nous n'avons pas autant de délinquance que vous les Américains, donc notre police n'est pas très vive. »
L'ordinateur sonna sur le côté du lit. Louise répondit. C'était la femme de Tsuyoshi.
« - Pourrais-je parler à Tsuyoshi Shimizu, s'il vous plaît ? - Je suis là, chérie, lui cria vivement Tsuyoshi. Elle m'a kidnappé, elle m'a attaché à son lit ! - Attaché à son lit ? Les yeux de sa femme s'écarquillèrent à l'extrême. Ça suffit ! J'appelle la police ! » Louise raccrocha rapidement. « - Je ne vous ai pas kidnappé ! Je vous garde juste en détention jusqu'à ce que les autorités locales viennent vous arrêter. - M'arrêter pour quoi exactement ? »
Louise thought quickly. "Well, for poisoning my bodyguard by
pouring bay rum into the ventilator."
"But I never did that. Anyway, that's not illegal, is it?"
The pasokon rang again. A shining white cat appeared on the screen.
It had large, staring, unearthly eyes.
"Let him go," the cat commanded in English.
Louise shrieked and yanked the pasokon's plug from the wall.
Suddenly the lights went out. "Infrastructure attack!" Louise
squawled. She rolled quickly under the bed.
The room went gloomy and quiet. The air conditioner had shut off.
"I think you can come out," Tsuyoshi said at last, his voice loud in the still room. "It's just a power failure."
Louise réfléchit rapidement. « - Eh bien, pour avoir empoisonné mon garde du corps en mettant du Bay Rum dans la ventilation. - Mais je n'ai jamais fait une chose pareille. De toutes façons, ce n'est pas illégal, si ? » L'ordinateur sonna une fois de plus. Un chat blanc brillant apparut sur l'écran. Il avait de grands yeux d'extra-terrestre qui regardaient fixement. « Laissez-le partir, » commanda le chat en anglais. Louise poussa un cri aigu et arracha le pasokon de sa prise murale. Tout à coup les lumières s'éteignirent. « Une attaque générale ! » couina Louise. Elle roula rapidement sous le lit. La chambre devint sombre et calme. L'air conditionné s'était arrêté. « - Je pense que vous pouvez sortir, dit finalement Tsuyoshi d'une voix qui portait dans la chambre silencieuse. C'est juste une coupure de courant.
"No it isn't," Louise said. She crawled slowly from beneath the
bed, and sat on the mattress. Somehow, the darkness had made them more intimate. "I know very well what this is. I'm under attack. I haven't had a moment's peace since I broke that network. Stuff just happens to me now. Bad stuff. Swarms of it. It's never anything you can touch, though. Nothing you can prove in a court of law."
She sighed. "I sit in chairs, and somebody's left a piece of gum
there. I get free pizzas, but they're not the kind of pizzas I like. Little kids spit on my sidewalk. Old women in walkers get in front of me whenever I need to hurry."
The shower came on, all by itself. Louise shuddered, but said
nothing. Slowly, the darkened, stuffy room began to fill with hot steam.
"My toilets don't flush," Louise said. "My letters get lost in the
mail. When I walk by cars, their theft alarms go off. And strangers stare at me. It's always little things. Lots of little tiny things, but they never, ever stop. I'm up against something that is very very big, and very very patient. And it knows all about me. And it's got a million arms and legs. And all those arms and legs are people."
« - Non, dit Louise. » Elle sortit lentement de dessous le lit en rampant et s'assit sur le matelas. L'obscurité les avait pour ainsi dire rapprochés. « Je sais très bien ce que c'est. Je suis attaquée. Je n'ai pas eu un seul moment tranquille depuis que j'ai cassé ce réseau. Des choses m'arrivent. Des mauvaises choses. Des tas de mauvaises choses. Ce n'est jamais rien de palpable, cependant. Rien qu'il soit possible de prouver devant un tribunal. Elle poussa un grand soupir. « Je m'assieds sur une chaise, et quelqu'un y a laissé un chewing-gum. Je reçois des pizzas gratuites, mais pas celles que j'aime. Les gamins crachent sur le trottoir à mon passage. Les vieilles à déambulateur se mettent en travers de mon chemin quand je suis pressée. » La douche se déclencha toute seule. Louise frissonna, mais ne dit pas un mot. Lentement, la pièce obscure commençait à s'emplir de la vapeur d'eau chaude. « Chez moi la chasse d'eau ne marche plus, continua Louise. Mon courrier est égaré. Quand je passe près des voitures, leurs alarmes se mettent à hurler. Et des inconnus me dévisagent. C'est toujours des petites choses. Ce sont toujours de petites choses, mais ça ne s'arrête jamais, jamais. Je fais face à quelque chose d'énorme et de très patient. Et cette chose connaît tout de moi. Et elle a un million de bras et de jambes. Et tous ces bras et ces jambes sont des gens. »
There was the noise of scuffling in the hall. Distant voices,
confused shouting.
Suddenly the chair broke under the doorknob. The door burst open
violently. Mitch tumbled through, the sunglasses flying from his head. Two hotel security guards were trying to grab him. Shouting incoherently in English, Mitch fell headlong to the floor, kicking and thrashing. The guards lost their hats in the struggle. One tackled Mitch's legs with both his arms, and the other whacked and jabbed him with a baton.
Puffing and grunting with effort, they hauled Mitch out of the
room. The darkened room was so full of steam that the harried guards hadn't even noticed Tsuyoshi and Louise.
Louise stared at the broken door. "Why did they do that to him?"
Il y eut des bruits d'affrontement en provenance du hall. Des voix lointaines, des cris indistincts. Soudain, la chaise qui était coincée sous la poignée de porte se brisa. La porte vola en éclats. Mitch passa à travers, ses lunettes de soleil voltigèrent. Deux agents de sécurité de l'hôtel essayaient de l'attraper. Hurlant des mots incohérents en anglais, il bascula tête la première sur le sol, en pleine bagarre. Les gardes perdirent leurs képis dans la lutte. L'un d'eux plaqua Mitch aux jambes avec ses deux bras, et l'autre le rouait de coups avec une matraque. Soufflant et haletant, ils transportèrent à grand-peine Mitch hors de la chambre. La pièce était si sombre et si pleine de vapeur que les gars de la sécurité ne remarquèrent même pas Tsuyoshi et Louise. Celle-ci regardait effarée la porte en miettes. « Mais pourquoi ils lui ont fait ça ? »
Tsuyoshi scratched his head in embarrassment. "Probably a failure
of communication."
"Poor Mitch! They took his gun away at the airport. He had all
kinds of technical problems with his passport... Poor guy, he's never had any luck since he met me."
There was a loud tapping at the window. Louise shrank back in fear.
Finally she gathered her courage, and opened the curtains. Daylight flooded the room.
A window-washing rig had been lowered from the roof of the hotel,
on cables and pulleys. There were two window-washers in crisp gray uniforms. They waved cheerfully, making little catpaw gestures.
There was a third man with them. It was Tsuyoshi's brother.
One of the washers opened the window with a utility key. Tsuyoshi's
brother squirmed into the room. He stood up and carefully adjusted his coat and tie.
"This is my brother," Tsuyoshi explained.
"What are you doing here?" Louise said.
"They always bring in the relatives when there's a hostage
situation," Tsuyoshi's brother said. "The police just flew me in by helicopter and landed me on the roof." He looked Louise up and down. "Miss Hashimoto, you just have time to escape."
Tsuyoshi se gratta la tête, embarrassé. « - C'est probablement un problème de communication. - Pauvre Mitch ! Ils lui ont pris son arme à l'aéroport. Il a eu toutes sortes de problèmes techniques avec son passeport… Le pauvre gars, il n'a pas eu beaucoup de chance depuis qu'il m'a rencontrée. » On frappa très fort à la fenêtre. Louise se recroquevilla de terreur. Rassemblant finalement son courage, elle ouvrit les rideaux. La lumière du jour envahit la pièce. Une plateforme de lavage avait été descendue depuis le toit de l'hôtel, avec des câbles et des treuils. Il y avait deux laveurs de vitres en tenue gris clair. Ils firent des gestes amicaux, imitant les petits mouvements des pattes de chat. Il y avait un troisième homme avec eux. Le frère de Tsuyoshi. L'un des laveurs de vitres ouvrit la fenêtre avec [une clé de service|un passe]. Le frère de Tsuyoshi atterrit dans la pièce. Il se releva et réajusta soigneusement son manteau et sa cravate. « - C'est mon frère, expliqua Tsuyoshi - Qu'est-ce que vous faites là ? demanda Louise. - Ils [font toujours intervenir|amènent toujours] des proches dans une [situation de] prise d'otage, dit le frère de Tsuyoshi. La police m'a emmené en hélicoptère et m'a déposé sur le toit. » Il regarda Louise des pieds à la tête. « - Miss Hashimoto, vous avez juste le temps de vous enfuir. »
"What?" she said.
"Look down at the streets," he told her. "See that? You hear them?
Crowds are pouring in from all over the city. All kinds of people, everyone with wheels. Street noodle salesmen. Bicycle messengers. Skateboard kids. Takeout delivery guys."
Louise gazed out the window into the streets, and shrieked aloud.
"Oh no! A giant swarming mob! They're surrounding me! I'm doomed!"
- Quoi ? demanda-t-elle. - Regardez dans les rues. Vous voyez ça ? Vous les entendez ? Des masses de gens affluent de tous les coins de la ville. Toutes sortes de gens, tous ceux qui ont un moyen de transport. Les vendeurs de nouilles ambulants. Les coursiers à vélo. Les gosses sur leur skateboard. Les livreurs de plats à emporter. » Louise regarda par fenêtre vers les rues. « - Oh non ! Une foule géante arrive de partout ! Je suis cernée ! Je suis fichue !
"You are not doomed," Tsuyoshi's brother told her intently. "Come
out the window. Get onto the platform with us. You've got one chance, Louise. It's a place I know, a sacred place in the mountains. No computers there, no phones, nothing." He paused. "It's a sanctuary for people like us. And I know the way."
- Rien n'est fichu pour vous, lui dit le frère de Tsuyoshi à dessein. Sortez par la baie vitrée. Venez sur la plateforme avec nous. Vous avez encore une chance, Louise. Il existe un endroit que je connais, un lieu sacré au cœur des montagnes. Pas d'ordinateurs là-bas, pas de téléphone portable, rien. Il marqua un temps. C'est un sanctuaire pour les gens comme nous. Et je connais le chemin. »
She gripped his suited arm. "Can I trust you?"
"Look in my eyes," he told her. "Don't you see? Yes, of course you
can trust me. We have everything in common."
Elle l'agrippa par la manche de son costume. «- Est-ce que je peux vous faire confiance ? - Regardez-moi dans les yeux, répondit-il, vous ne le voyez pas ? Bien sûr que vous pouvez avoir confiance en moi. Nous avons tellement en commun ».
Louise stepped out the window. She clutched his arm, the wind
whipping at her hair. The platform creaked rapidly up and out of sight.
Louise fit un pas en arrière. Elle lui prit le bras, le vent fouettait sa chevelure. La plateforme couina en s'élevant rapidement et disparut.
Tsuyoshi stood up from the chair. When he stretched out, tugging at
his handcuffed wrist, he was just able to reach his pokkecon with his fingertips. He drew it in, and clutched it to his chest. Then he sat down again, and waited patiently for someone to come and give him freedom.
Tsuyoshi se leva. Quand il s'étira, tiraillant ses poignets menottés, il put tout juste atteindre son pokkecon du bout des doigts. Il l'attira à lui et se le tint fermement sur sa poitrine. Puis il se rassit, et attendit patiemment que quelqu'un vienne lui rendre sa liberté.

