Writing in the age of distraction

De Framalang Wiki.

Comment écrire à l'ère où tout est là pour nous distraire ?

Article original sur le LocusMag from Locus Magazine, January 2009


Pseudo Code Rôle Statut
DonRico DRI Traduction Terminée
Goofy Relecture Terminée
aKa Validation Terminé
Mise en forme


Article en ligne à l'adresse : http://www.framablog.org/index.php/post/2009/02/03/ecrire-distraction-internet-cory-doctorow



Sommaire

Writing-Distraction - Titre

Cory Doctorow: Writing in the Age of Distraction
Cory Doctorow : Écrire à l'ère où tout est là pour nous distraire

Writing-Distraction - Intro

We know that our readers are distracted and sometimes even overwhelmed by the myriad distractions that lie one click away on the Internet, but of course writers face the same glorious problem: the delirious world of information and communication and community that lurks behind your screen, one alt-tab away from your word-processor.

Nous savons que nos lecteurs sont distraits, voire parfois submergés par les innombrables distractions qui se trouvent à portée de clic partout sur Internet, mais évidemment, les écrivains sont confrontés à ce même problème d'envergure : le monde foisonnant d'informations, de communication et de communautés tapi derrière notre écran, à portée des touches alt+tab de notre traitement de texte.

Writing-Distraction - Partie 1

The single worst piece of writing advice I ever got was to stay away from the Internet because it would only waste my time and wouldn't help my writing. This advice was wrong creatively, professionally, artistically, and personally, but I know where the writer who doled it out was coming from. Every now and again, when I see a new website, game, or service, I sense the tug of an attention black hole: a time-sink that is just waiting to fill my every discretionary moment with distraction. As a co-parenting new father who writes at least a book per year, half-a-dozen columns a month, ten or more blog posts a day, plus assorted novellas and stories and speeches, I know just how short time can be and how dangerous distraction is.

Le pire conseil sur l'écriture qu'on m'ait jamais donné était de me tenir à l'écart d'Internet, soi-disant que j'y perdrais du temps et que ça ne m'aiderait pas à écrire. C'était un conseil erroné du point de vue créatif, professionnel, artistique et personnel, mais je comprends bien ce qui avait incité cet écrivain à m'administrer une telle mise en garde. Régulièrement, quand je vois un site, un jeu ou un service nouveau, je ressens l'attraction irrésistible d'un trou noir de concentration : une activité chronophage prête à me prendre dans ses filets de distraction. Jeune papa impliqué qui écrit au moins un livre par an, une demi-douzaines d'articles par mois, au moins dix billets de blog par jour, auxquels s'ajoutent divers mini-romans, nouvelles et conférences, je suis bien placé pour savoir qu'on manque vite de temps et connaître les dangers de la distraction.
--Goofy 1 février 2009 à 12:39 (CET): à mon avis ta version précédente était meilleure : "Le pire conseil sur l'écriture qu'on m'ait jamais donné était de me tenir à l'écart d'Internet, ". Si tu écris : "le pire conseil (...) consistait à me tenir à l'écart", c'est une confusion entre conseil (parole) et comportement (se tenir à l'écart) qui ne colle pas au plan du sens.
--DRI 1 février 2009 à 18:51 (CET): Oui, tu as raison, comme quoi la première idée est souvent la meilleure... ;-)

Writing-Distraction - Partie 2

But the Internet has been very good to me. It's informed my creativity and aesthetics, it's benefited me professionally and personally, and for every moment it steals, it gives back a hundred delights. I'd no sooner give it up than I'd give up fiction or any other pleasurable vice.

I think I've managed to balance things out through a few simple techniques that I've been refining for years. I still sometimes feel frazzled and info-whelmed, but that's rare. Most of the time, I'm on top of my workload and my muse. Here's how I do it:

Mais l'Internet m'apporte beaucoup. Il nourrit ma créativité et mon esthétique, il me profite d'un point de vue professionnel et personnel, et pour chaque moment qu'il me vole, le plaisir que j'y prends me le rend au centuple. Je n'y renoncerai pas plus qu'à la littérature ou quelque autre vice délectable.

Je crois avoir réussi à trouver un équilibre grâce à quelques techniques simples que je perfectionne depuis des années. Il m'arrive toujours de me sentir lessivé et ivre d'infos, mais c'est rare. La plupart du temps, c'est moi qui ai la maîtrise de ma charge de travail et de ma muse. Voici comment je procède :

Writing-Distraction - Partie 3

  • Short, regular work schedule


When I'm working on a story or novel, I set a modest daily goal — usually a page or two — and then I meet it every day, doing nothing else while I'm working on it. It's not plausible or desirable to try to get the world to go away for hours at a time, but it's entirely possible to make it all shut up for 20 minutes. Writing a page every day gets me more than a novel per year — do the math — and there's always 20 minutes to be found in a day, no matter what else is going on. Twenty minutes is a short enough interval that it can be claimed from a sleep or meal-break (though this shouldn't become a habit). The secret is to do it every day, weekends included, to keep the momentum going, and to allow your thoughts to wander to your next day's page between sessions. Try to find one or two vivid sensory details to work into the next page, or a bon mot, so that you've already got some material when you sit down at the keyboard.

  • Des plages de travail courtes et régulières
Lorsque je travaille à l'écriture d'une nouvelle ou d'un roman, je me fixe chaque jour un objectif modeste, en général une page ou deux, et je m'emploie à l'atteindre, ne faisant rien d'autre tant que je n'ai pas fini. Il n'est pas réaliste, ni souhaitable, de vouloir se couper du monde des heures durant, mais il est tout à fait possible de le faire pendant vingt minutes. En rédigeant une page par jour, je publie plus d'un livre par an – faites le calcul —, et il est facile de trouver vingt minutes dans une journée, quelles que soient les circonstances. Vingt minutes, c'est un intervalle assez court pour être pris sur votre temps de sommeil ou votre pause déjeuner (même si cela ne doit pas devenir une habitude). Le secret, c'est de s'y astreindre tous les jours, week-end inclus, pour ne pas vous couper dans votre élan, et pour qu'entre deux séances de travail vos pensées puissent cheminer tranquillement jusqu'à la page du lendemain. Essayez de trouver un ou deux détails accrocheurs, ou un bon mot, à exploiter dans la page suivante, afin de savoir par où commencer lorsque vous vous installerez derrière votre clavier.

Writing-Distraction - Partie 4

  • Leave yourself a rough edge
When you hit your daily word-goal, stop. Stop even if you're in the middle of a sentence. Especially if you're in the middle of a sentence. That way, when you sit down at the keyboard the next day, your first five or ten words are already ordained, so that you get a little push before you begin your work. Knitters leave a bit of yarn sticking out of the day's knitting so they know where to pick up the next day — they call it the "hint." Potters leave a rough edge on the wet clay before they wrap it in plastic for the night — it's hard to build on a smooth edge.
  • Ne vous arrêtez pas sur un travail fini
Dès que vous atteignez votre objectif quotidien, arrêtez-vous. Même si vous êtes au beau milieu d'une phrase. Surtout si vous êtes au beau milieu d'une phrase, en fait. Ainsi, lorsque vous vous mettrez au travail le lendemain, vos cinq ou dix premiers mots seront déjà en place, ce qui vous donnera un petit coup de pouce pour vous lancer. Les tricoteuses laissent un bout de laine dépasser du dernier rang, afin de savoir où reprendre — une sorte de pense-bête. Les potiers, quant à eux, n'égalisent pas le pourtour de l'argile humide avant de la recouvrir de plastique pour la nuit – difficile de repartir sur une surface trop lisse.

Writing-Distraction - Partie 5

  • Don't research
Researching isn't writing and vice-versa. When you come to a factual matter that you could google in a matter of seconds, don't. Don't give in and look up the length of the Brooklyn Bridge, the population of Rhode Island, or the distance to the Sun. That way lies distraction — an endless click-trance that will turn your 20 minutes of composing into a half-day's idyll through the web. Instead, do what journalists do: type "TK" where your fact should go, as in "The Brooklyn bridge, all TK feet of it, sailed into the air like a kite." "TK" appears in very few English words (the one I get tripped up on is "Atkins") so a quick search through your document for "TK" will tell you whether you have any fact-checking to do afterwards. And your editor and copyeditor will recognize it if you miss it and bring it to your attention.
  • N'effectuez aucune recherche
Faire des recherches, ça n'est pas écrire, et vice-versa. Lorsque vous butez sur un point technique qu'une rapide recherche sur Google suffirait à éclaircir, abstenez-vous. Ne cédez pas à l'envie de chercher la longueur du pont de Brooklyn, le nombre d'habitants que compte de Rhode Island ou la distance qui sépare la Terre du Soleil. Ce serait alors la déconcentration assurée : une valse de clics sans fin qui transformerait vos vingt minutes de rédaction en une demi-journée à flâner sur le Web. Adoptez la méthode des journalistes [NdT : ces conseils s'adressent à des anglophones. Pour le français, il faudra bien sûr adapter.] : tapez "TK" là où doit apparaître votre donnée, comme par exemple "Le pont de Brooklyn, d'un bout à l'autre de ses TK mètres, vacillait tel un cerf-volant." La graphie "TK" n'apparaissant que dans très peu de mots anglais (le seul sur lequel je sois tombé est « Atkins »), une recherche rapide de "TK" dans votre document suffira pour savoir si vous devez vérifier des détails techniques. Si vous en oubliez un, votre préparateur ou correcteur le repérera et vous le signalera.

Writing-Distraction - Partie 6

  • Don't be ceremonious
Forget advice about finding the right atmosphere to coax your muse into the room. Forget candles, music, silence, a good chair, a cigarette, or putting the kids to sleep. It's nice to have all your physical needs met before you write, but if you convince yourself that you can only write in a perfect world, you compound the problem of finding 20 free minutes with the problem of finding the right environment at the same time. When the time is available, just put fingers to keyboard and write. You can put up with noise/silence/kids/discomfort/hunger for 20 minutes.
  • Ne soyez pas trop à cheval sur vos conditions de travail
N'écoutez pas ceux qui conseillent de créer l'atmosphère idéale pour attirer votre muse dans la pièce. Les bougies, la musique, le silence, le fauteuil confortable, la cigarette, attendre d'avoir couché les enfants... laissez tomber tout ça. Certes, il est agréable de se sentir à l'aise pour travailler, mais si vous vous persuadez que vous ne pouvez écrire que dans un monde parfait, vous vous retrouvez devant une double difficulté : trouver à la fois vingt minutes de libre et l'environnement idéal. Lorsque vous avez le temps, mettez-vous à votre clavier et écrivez. Vous pouvez bien tolérer le bruit/le silence/les enfants/l'inconfort/la faim pendant vingt minutes.

Writing-Distraction - Partie 7

  • Kill your word-processor
Word, Google Office and OpenOffice all come with a bewildering array of typesetting and automation settings that you can play with forever. Forget it. All that stuff is distraction, and the last thing you want is your tool second-guessing you, "correcting" your spelling, criticizing your sentence structure, and so on. The programmers who wrote your word processor type all day long, every day, and they have the power to buy or acquire any tool they can imagine for entering text into a computer. They don't write their software with Word. They use a text-editor, like vi, Emacs, TextPad, BBEdit, Gedit, or any of a host of editors. These are some of the most venerable, reliable, powerful tools in the history of software (since they're at the core of all other software) and they have almost no distracting features — but they do have powerful search-and-replace functions. Best of all, the humble .txt file can be read by practically every application on your computer, can be pasted directly into an email, and can't transmit a virus.
  • Éteignez votre traitement de texte
Word, Google Docs et OpenOffice.org sont bardés d'une panoplie déconcertante de paramètres de mise en forme et de complétion automatique avec lesquelles vous pouvez passer votre temps à faire mumuse. Laissez tomber. Tout ça, c'est de la distraction, et ce qu'il faut absolument éviter, c'est que votre outil essaie de deviner ce que vous avez en tête, "corrige" votre orthographe, ou critique la construction de votre phrase, etc. Les programmeurs qui ont conçu votre traitement de texte passent leur journée à taper, tous les jours, et ils ont les moyens d'acheter ou de se procurer n'importe quel outil imaginable servant à entrer du texte dans un ordinateur. Et pourtant ils n'utilisent pas Word pour créer leur logiciel. Il se servent d'un éditeur de texte, comme vi, Emacs, TextPad, BBEdit, Gedit, et bien d'autres encore. Il s'agit là des outils les plus puissants, vénérables et fiables de l'histoire du logiciel (car ils sont au cœur de tous les autres logiciels), et ils ne comportent quasi aucune fonctionnalité susceptible de vous distraire ; en revanche, ils possèdent des fonctions chercher/remplacer très puissantes. Le plus gros avantage, c'est qu'un modeste fichier .txt peut être lu par presque toutes les applications présentes sur votre ordinateur, ou collé directement dans un courriel, sans risque de transmettre un virus.

Writing-Distraction - Partie 8

  • Realtime communications tools are deadly
The biggest impediment to concentration is your computer's ecosystem of interruption technologies: IM, email alerts, RSS alerts, Skype rings, etc. Anything that requires you to wait for a response, even subconsciously, occupies your attention. Anything that leaps up on your screen to announce something new, occupies your attention. The more you can train your friends and family to use email, message boards, and similar technologies that allow you to save up your conversation for planned sessions instead of demanding your attention right now helps you carve out your 20 minutes. By all means, schedule a chat — voice, text, or video — when it's needed, but leaving your IM running is like sitting down to work after hanging a giant "DISTRACT ME" sign over your desk, one that shines brightly enough to be seen by the entire world
  • Les outils de communication instantanée : à proscrire
Ce qui nuit le plus à la concentration, c'est la présence sur votre ordinateur d'un écosystème d'applications intrusives : messagerie instantanée, alertes e-mail, alertes RSS, appels Skype, etc. Toute application exigeant que vous attendiez une réponse, même inconsciemment, accapare votre attention. Tout ce qui surgit sur votre écran pour vous annoncer un fait nouveau l'accapare aussi. Plus vous habituerez vos proches et amis à préférer les courriels, les forums et les technologies similaires qui vous permettent de choisir la plage de temps à consacrer à vos conversations au lieu d'exiger votre attention immédiatement, plus vous réussirez à vous ménager vos vingt minutes. En cas de besoin, vous pouvez prévoir une conversation – par VoIP, texte ou vidéo –, mais laisser votre messagerie instantanée allumée revient à vous mettre au travail avec sur votre bureau un panneau géant "Déconcentrez-moi", du genre qui brille au point d'être visible du monde entier.
--Goofy 1 février 2009 à 11:19 (CET): Pour "c'est l'écosystème d'applications présentes sur votre ordinateur qui n'ont de cesse de vous interrompre :" une autre proposition "c'est la présence sur votre ordinateur d'un écosystème d'applications intrusives :"
--DRI 1 février 2009 à 20:17 (CET): Adjugé vendu

Writing-Distraction - Conclusion

I don't claim to have invented these techniques, but they're the ones that have made the 21st century a good one for me.

Cory Doctorow's website is Craphound.com, and he is co-editor of Boing Boing: A Directory of Wonderful Things.

Je ne prétends pas être l'inventeur de ces techniques, mais grâce à elles je peux profiter pleinement du XXIème siècle.

Le site Web de Cory Doctorow s'appelle Craphound.com, et il est rédacteur-adjoint de Boing-Boing.